Analyse du budget de l'Alberta pour 2024
Le budget 2024 de l'Alberta augmente le financement d'un système de soins médicaux qui dépensait déjà plus par personne qu'en Colombie-Britannique et en Ontario, tout en obtenant des résultats sanitaires moins bons.
Publié dans The Hub le 7 mars 2024
Le budget 2024 de l'Alberta augmente le financement d'un système de soins médicaux qui dépensait déjà plus par personne qu'en Colombie-Britannique et en Ontario, tout en obtenant des résultats sanitaires moins bons.
Les investissements importants dans les soins de santé permettent à l'Alberta d'avoir les médecins les mieux payés du pays. Mais pas le plus grand nombre de médecins. Cela soulève également des questions quant au coût d'opportunité lié au fait de consacrer davantage de ressources rares aux soins de santé plutôt qu'à d'autres besoins.
Le bien-être, notamment celui des jeunes, est une victime collatérale. En effet, le budget consacre relativement peu de ressources aux aspects fondamentaux de leur santé, comme le logement abordable, les services de garde d'enfants de qualité, la lutte contre la pauvreté et la préservation de l'environnement.
Pour bâtir une Alberta en meilleure santé, il faut changer de cap et investir plus urgemment dans les fondements d'une société saine que dans les soins médicaux. Voici pourquoi.
Dans le dernier budget, les dépenses annuelles consacrées aux soins médicaux augmenteront de 3.6 milliards de dollars à compter de 2026.
L'augmentation des dépenses pour l'enseignement primaire et secondaire est relativement modeste (0.7 milliard de dollars). Il en va de même pour l'enseignement postsecondaire (0.8 milliard de dollars) et la garde d'enfants (0.3 milliard de dollars), tandis que les dépenses consacrées aux autres services sociaux restent stables.
Étant donné que les Canadiens ont davantage recours aux soins médicaux après 65 ans qu'avant, le budget 2024 du premier ministre Smith prévoit d'allouer de nouveaux fonds aux retraités plus de deux fois plus rapidement qu'aux résidents de moins de 45 ans. De ce fait, l'Alberta se retrouve beaucoup moins équilibrée que la Colombie-Britannique et l'Ontario en matière d'investissements destinés aux jeunes et aux personnes âgées.
Ce n’est pas une bonne nouvelle si vous vous souciez d’aider les Albertains à être et à rester en bonne santé. Lorsque les gens n’ont pas accès à des logements sûrs, à des revenus décents, à des services de garde d’enfants de qualité et à un environnement sain, preuve cela montre que notre système de soins médicaux ne suffira jamais à empêcher les blessures, les maladies ou les décès prématurés.
Nous sommes reconnaissants de pouvoir compter sur les pompiers pour éteindre les incendies en cas de besoin, mais la prévention est bien moins meurtrière, dommageable et coûteuse. Il en va de même pour les soins de santé. Attendre que les gens soient malades pour investir, c'est comme arriver avec des tuyaux d'arrosage une fois que le feu fait déjà rage. Nous devons empêcher que les premières étincelles ne dégénèrent.
Cela signifie que les cliniques et les hôpitaux devraient être le dernier recours, et non le premier, dans notre système de santé. Les premiers pas vers une bonne santé se trouvent dans nos quartiers, au travail, dans les structures d'accueil de la petite enfance et à l'école.
L'Alberta avait l'habitude de procéder ainsi pour son budget. En 1976, la province consacrait environ 36 % de plus aux programmes sociaux et d'éducation qu'aux soins médicaux. Aujourd'hui, elle dépense au moins 10 % de moins.
Il n'est donc pas surprenant que les coûts médicaux augmentent alors que l'accès aux soins reste stable. En effet, nous n'avons pas suffisamment freiné l'augmentation du nombre de personnes qui s'inscrivent sur la liste d'attente pour les soins médicaux, d'autant plus que la population vieillit et que les besoins en soins se complexifient.
Cela contribue également à expliquer pourquoi les professionnels de la santé s'épuisent, même si… nombre de médecins par habitant Le nombre de médecins en Alberta a augmenté. En 1976, on comptait 128 médecins pour 100 000 habitants, dont 70 médecins de famille. Aujourd’hui, l’Alberta compte 244 médecins pour 100 000 habitants, dont 119 médecins de famille.
Certains Albertains pourraient se réjouir des dépenses provinciales plus élevées en soins de santé, surtout compte tenu des inquiétudes de nombreux Canadiens quant aux lacunes de notre système de santé. Or, les données démontrent que ces dépenses ne sont pas un motif de fierté, car elles n'améliorent pas les résultats de la province.
Non seulement l'Institut canadien d'information sur la santé démontre que L'Alberta dépense plus par habitant en soins médicaux que la Colombie-Britannique et l'Ontario., il révèle également que L'Alberta se classe en dessous de ces provinces et de la moyenne nationale. pour la mortalité infantile, la mortalité par maladie cardiaque, la mortalité par cancer du col de l'utérus, la mortalité par cancer du rectum, les hospitalisations évitables pour BPCO (maladie pulmonaire), les hospitalisations évitables pour diabète, et même une espérance de vie plus courte.
Bien que l'Alberta n'achète pas souvent de meilleurs résultats en matière de santé, elle achète les médecins les mieux payés du paysMalgré cela, l'Alberta n'a pas réussi à recruter et à retenir des médecins depuis la pandémie aussi bien que la Colombie-Britannique, où les médecins gagnent nettement moins.
L'ampleur des possibilités d'optimisation des dépenses pourrait surprendre. Même si le gouvernement de Smith réduisait l'augmentation prévue de 2 milliards de dollars, il consacrerait toujours autant aux soins médicaux par personne âgée que la Colombie-Britannique et l'Ontario. C'est un gaspillage considérable de fonds publics, surtout si l'on considère que son gouvernement ne dépense que 1.6 milliard de dollars pour les services de garde d'enfants à 10 $/jour (presque entièrement financés par le gouvernement fédéral) et que les fonds de fonctionnement pour le logement abordable avoisinent les 0.4 millions de dollars.
En résumé, les Albertains, comme tous les Canadiens, prospèrent lorsque nous investissons dans des logements sûrs et abordables, des salaires décents, des services de garde et des écoles de qualité, et un environnement sain – et ce, de façon encore plus urgente que dans les soins de santé. L’Alberta appliquait cette approche il y a plusieurs décennies. Le gouvernement Smith aurait intérêt à y revenir.

