Le budget d'équité intergénérationnelle d'Ottawa
Ensemble, nous avons placé « L’équité pour toutes les générations » au cœur du budget 2024. Jamais auparavant le Canada n’avait reconnu officiellement que le travail acharné ne porte pas autant ses fruits pour les jeunes que pour les générations précédentes. Le budget 2024 qualifie cette triste réalité de point de départ d’un nouveau cadre économique.
Jamais auparavant le gouvernement du Canada n'avait officiellement reconnu que le travail acharné ne porte plus ses fruits pour les jeunes Canadiens d'aujourd'hui comme il l'a fait pour les générations précédentes. Le budget 2024 qualifie cette triste réalité de point de départ d'un nouveau cadre économique visant à atteindre cet objectif.L'équité pour chaque génération.
Nous vous l'avons déjà communiqué. notre humble opinion Il est donc crucial qu'un gouvernement place l'équité intergénérationnelle au cœur de sa planification budgétaire. Parallèlement, nous savons que régler les tensions intergénérationnelles qui se sont insidieusement installées dans notre économie et nos politiques au fil des décennies exige bien plus qu'un simple budget. Il n'est donc pas surprenant que, malgré l'espoir suscité par Ottawa, il subsiste encore des défis à relever. un important retard à rattraper Bâtir un Canada qui fonctionne pour toutes les générations.
Voici les principaux enseignements de notre analyse budgétaire :
- Le Canada consacre davantage de ressources à la protection de la retraite qu'à la sécurité des frontières, au logement ou au revenu des jeunes.
- Une mauvaise planification des gouvernements précédents continue de peser sur les budgets aujourd'hui.
- Déficits structurels – et non dépenses déficitaires inflationnistes
- Le fardeau croissant de la dette publique pèse sur les jeunes générations et les générations futures
- Comment résoudre les problèmes structurels du budget de manière équitable pour chaque génération ?
- Le début de la fin de l'extraction intergénérationnelle
Le Canada consacre davantage de ressources à la protection de la retraite qu'à la sécurité des frontières, au logement ou au revenu des jeunes.
Le budget 2024 indique que les prestations de la Sécurité de la vieillesse augmenteront de 31 milliards de dollars et les soins médicaux de 17 milliards de dollars supplémentaires, dont la moitié est utilisée par les 20 % de Canadiens âgés de plus de 64 ans. En revanche, les nouvelles dépenses militaires et de logement augmenteront chacune de 2 milliards de dollars, et le financement d’une économie propre augmentera de 8 milliards de dollars.
Les dépenses destinées aux jeunes sont bien inférieures au niveau élevé fixé pour les retraités. Les principaux postes de dépenses comprennent :
- 8 milliards de dollars pour l'Allocation canadienne pour enfants
- 3 milliards de dollars pour des services de garde d'enfants à 10 dollars par jour
- 8 milliards de dollars pour l'assurance-emploi
- 6 milliards de dollars pour les soins médicaux des Canadiens de moins de 45 ans
Au total, le budget 2024 prévoit environ 3 500 $ de nouvelles dépenses par personne pour nos aînés (avant même de prendre en compte les dépenses supplémentaires du Régime de pensions du Canada). Ce montant est plus de quatre fois supérieur aux quelque 800 $ investis par personne de moins de 45 ans.
Bien que cet écart demeure important, il convient de noter que le budget 2024 tend à le réduire. Année dernièreLes dépenses consacrées à chaque personne de plus de 65 ans étaient plus de 5.5 fois supérieures aux investissements destinés aux groupes démographiques plus jeunes (environ 4 300 $ contre environ 755 $). Il sera important de suivre de près, au cours des prochaines années, si Ottawa maintient cette tendance.
Une mauvaise planification des gouvernements précédents continue de peser sur les budgets aujourd'hui.
Le budget 2024 prévoyant une augmentation de 38 milliards de dollars des dépenses annuelles consacrées aux retraités, les recettes doivent impérativement suivre le rythme. Sur ce point, nous partons avec un handicap.
Les retraités d'aujourd'hui ont profité de l'avantage de la solidarité. Dans les années 1970, grâce au baby-boom d'après-guerre, on comptait sept Canadiens en âge de travailler pour chaque retraité. Ce ratio a établi les taux d'imposition initiaux (relativement bas) nécessaires pour assurer un financement solide aux régimes de retraite et aux soins médicaux. Mais depuis, bien plus que les pantalons pattes d'éléphant et le disco ont changé.
Avec le départ à la retraite des baby-boomers, la part des actifs contribuant au financement des services sociaux et des soins médicaux par les impôts a diminué. On ne compte plus que trois contribuables par retraité. Face à cette diminution du nombre de contributeurs, la pression fiscale sur chaque jeune actif s'alourdit, alors même qu'il est confronté à une plus grande précarité financière.
Tout le monde savait que la génération du baby-boom vieillirait et que, ce faisant, nous serions confrontés non pas à une pyramide des âges, mais à une répartition par âge ressemblant à une sucette, avec un nombre croissant de retraités à son sommet. Bien qu'ils savaient également qu'une forte augmentation des dépenses publiques accompagnerait cette évolution, les gouvernements successifs n'ont guère fait d'efforts pour s'y préparer. Principalement parce qu'il était plus commode politiquement de repousser l'échéance que de présenter les arguments en faveur d'une refonte des services sociaux et des soins de santé afin de les inscrire dans une trajectoire financière viable. Nous y sommes désormais, et nous devons résoudre un grave problème budgétaire.
En fermant les yeux sur le vieillissement massif de la population, les gouvernements provinciaux et fédéral ont évité de réorganiser la collecte des recettes fiscales afin de garantir que les baby-boomers en âge de travailler contribuent suffisamment aux coûts des prestations de retraite et de santé financées par l'État. Ainsi, alors que les retraités d'aujourd'hui ont travaillé dur et payé leurs impôts conformément à la réglementation en vigueur, cette même réglementation place les gouvernements actuels face à un choix difficile : augmenter les impôts maintenant ou subir un déséquilibre fondamental entre les recettes et les dépenses.
Les hausses d'impôts restent impopulaires auprès des électeurs (sans surprise). Pour éviter cette option peu reluisante sur le plan électoral, il est désormais courant que les gouvernements de tous bords politiques affichent d'importants déficits, même en dehors des périodes de récession. Il suffit de regarder le NPD en Colombie-Britannique, les conservateurs en Ontario ou les libéraux à Ottawa.
Déficits structurels — et non dépenses déficitaires inflationnistes
Les problèmes structurels du budget ne sont pas le résultat d'un gouvernement particulier ou d'une idéologie partisane, malgré les accusations de M. Poilievre contre Justin Trudeau, qu'il accuse de « dépenses déficitaires inflationnistes ».
S’il est vrai que le gouvernement Trudeau a abandonné la décision judicieuse du premier ministre Harper de relever l’âge d’admissibilité au visa de service de 65 à 67 ans, ce changement n’aurait pris effet qu’en 2023. Ainsi, le quasi-doublement des dépenses fédérales liées au visa de service au cours des huit premières années du mandat de Trudeau se serait produit de toute façon, et les augmentations continues étaient déjà intégrées au cadre budgétaire – même si elles n’auraient pas atteint le rythme annoncé dans le budget 2024.
En résumé, l'incapacité des gouvernements précédents à percevoir les impôts à un taux suffisant pour constituer des recettes fiscales adéquates afin de couvrir les frais de santé et de retraite signifie que l'augmentation sans précédent des dépenses de retraite constituera aujourd'hui une contrainte budgétaire majeure pour le prochain parti au pouvoir. Tout parti promettant d'équilibrer facilement le budget sans augmenter les impôts ni réduire drastiquement les dépenses consacrées aux retraités ignore cette dure réalité.
Le fardeau croissant de la dette publique pèse sur les jeunes générations et les générations futures
Ce déséquilibre structurel entre les dépenses et les recettes entraîne une hausse alarmante des coûts du service de la dette. Avec 29 milliards de dollars, les paiements d’intérêts sur les factures impayées laissées aux jeunes Canadiens et aux générations futures constituent le seul poste du budget fédéral de 2024 qui rivalise avec l’augmentation des dépenses consacrées à la retraite des baby-boomers vieillissants. Comme le démontrent nos autres analyses budgétaires, les provinces suivent la même voie. Ontario Elle consacre désormais plus de ressources au service de la dette qu'à l'enseignement postsecondaire. BC Les paiements d'intérêts sur la dette augmentent plus vite que les investissements réunis dans le logement et la garde d'enfants.
Cela donne la ligne suivante à partir de Discours budgétaire de la ministre des Finances, Chrystia Freeland Il convient de souligner un point particulièrement important : « Voulez-vous vivre dans un pays où nous réalisons les investissements nécessaires – dans la santé, le logement, les retraites – mais où nous manquons de volonté politique pour les financer et choisissons plutôt de léguer une dette colossale à nos enfants ? » Espérons que nous connaissions tous la réponse.

Comment résoudre les problèmes structurels du budget de manière équitable pour chaque génération ?
Il est important tout d'abord de reconnaître ceux qui ont déjà pris des initiatives.
Les milléniaux et la génération Z ne paient pas seulement plus cher leur logement. Ils paient aussi plus d'impôts pour financer les dépenses de retraite des baby-boomers. Les données montrent qu'un trentenaire type paie aujourd'hui de 20 à 40 % de plus d'impôts pour la sécurité sociale et les soins médicaux que ce que les retraités d'aujourd'hui payaient lorsqu'ils étaient jeunes pour soutenir les aînés à leur époque (les montants exacts varient selon la province et le revenu).
Le budget 2024 comprend plusieurs mesures qui contribueront à corriger le déséquilibre budgétaire. L'examen des dépenses en cours, mené par le ministre Anand, devrait permettre de dégager 15 milliards de dollars d'économies sur cinq ans. réduire les dépenses de plus de 60 ministères fédéraux.
Économiser 15 milliards de dollars est loin d'être négligeable, car cela représente la moitié des 30 milliards promis par le gouvernement Trudeau pour lancer un programme de garderies à 10 $ par jour au cours de ses cinq premières années. Cependant, la réaffectation de 3 milliards de dollars par année est loin d'être suffisante pour compenser les 38 milliards de dollars de revenus supplémentaires actuellement absorbés par la pension de retraite et les soins médicaux des retraités.
Pour rendre l'examen des dépenses plus ambitieux, Ottawa devrait s'inspirer de des abris fiscaux obsolètes pour les retraités. Par exemple, le Âge et Revenu de pension Ces crédits d'impôt remontent à 1987, à une époque où les difficultés financières des personnes âgées restaient comparables, voire supérieures, à celles des jeunes. Ils permettent aux retraités d'exonérer des milliers de dollars d'impôt sur le revenu, ce qui représente un manque à gagner de 6.4 milliards de dollars pour le budget fédéral. Une partie, voire la totalité, de ces fonds pourrait être réaffectée pour contribuer à couvrir le coût croissant des prestations sociales.
Un meilleur ciblage des dépenses liées aux prestations de solidarité mérite également d'être envisagé, car il existe un écart important entre ces prestations et l'Allocation canadienne pour enfants (ACE). Les retraités qui revenus individuels supérieurs à 80 000 $ Ils continuent de recevoir l'intégralité des paiements de la SV, quel que soit leur patrimoine immobilier. En revanche, le remboursement de l'ACC commence lorsque Le revenu du ménage dépasse 35 000 $ — un niveau de revenu où la plupart des gens sont locataires. Les prestations de l'ICC sont encore réduites lorsque le revenu du ménage dépasse 75 000 $.
Si la recherche d'économies est impérative, les réaffectations budgétaires seront probablement insuffisantes pour combler le manque à gagner dû à une mauvaise planification de la retraite des baby-boomers. C'est pourquoi il est encourageant de constater que le budget 2024 introduit également (avec audace) de nouvelles mesures fiscales.
Le gouvernement augmente les impôts sur la fortune. Pour les 0.13 % de Canadiens qui déclarent des profits de plus de 250,000 5 $ par année provenant de la vente d’actifs autres que leur résidence principale, la portion de ces profits imposable passera de 50 % à 66 %. Il s’agit d’un pas en avant vers une plus grande équité fiscale, puisque ce sont surtout les Canadiens fortunés et plus âgés qui profitent des exemptions fiscales actuelles. Cette mesure devrait rapporter 19 milliards de dollars sur cinq ans, rapprochant ainsi le Canada du taux d’inclusion de 75 % pour les gains en capital en vigueur sous le premier ministre Mulroney.
Mais à environ 4 milliards de dollars par an, ces mesures ne suffisent pas non plus à éliminer le déficit structurel causé par une mauvaise planification des retraites des baby-boomers.
La dure réalité est qu'il existe peu de solutions réalistes pour éliminer les déficits structurels sans mettre davantage en péril les jeunes générations, à moins d'imposer une taxe supplémentaire aux personnes âgées aisées (dont Paul Kershaw, fondateur de Gen Squeeze, qui aura 50 ans cet été). Le terme « aisé » ne désigne pas seulement les ultra-riches possédant des dizaines de millions. Il inclut également ceux qui bénéficient d'un logement stable et dont le patrimoine immobilier s'est enrichi grâce à la hausse des prix, ce qui pourrait contribuer au financement des soins médicaux et de longue durée, ainsi que d'autres programmes qui nous tiennent à cœur.
Le début de la fin de l'extraction intergénérationnelle
L'élimination du déficit structurel, conjuguée à l'investissement dans le bien-être des jeunes et des moins jeunes, sera un gain inestimable pour quiconque se soucie de notre héritage. À la clé : la fin d'une ère douloureuse de surexploitation des ressources des jeunes générations et des générations futures.
On pense le plus souvent à la surextraction dans termes environnementauxNous avons tellement exploité la capacité limitée de l'atmosphère à absorber le carbone que nous laissons les phénomènes météorologiques extrêmes aux générations futures. C'est pourquoi nous nous réjouissons de voir que ce budget respecte la décision historique d'Ottawa de faire en sorte que chacun contribue au coût de sa pollution par le carbone.
La surexploitation des ressources est aussi une cause profonde de l'inaccessibilité au logement. Notre système immobilier a ses limites. Nombre de propriétaires en ont extrait une part démesurée, au détriment de l'accessibilité au logement pour leurs enfants.
Les déficits structurels constituent un troisième exemple d'extraction intergénérationnelle. La majeure partie des nouvelles dépenses publiques rendues possibles par la croissance économique est ainsi détournée. Ces fonds servent à financer la retraite et les soins médicaux de nos proches âgés.Nous maintenons cette extraction alors même que les retraités d'aujourd'hui affichent les taux de pauvreté les plus bas et les niveaux de richesse les plus élevés par rapport aux autres groupes d'âge.
Le remède à la surexploitation des ressources est l'équité intergénérationnelle. Le budget 2024 constitue un premier pas important vers l'intégration de ce principe dans les rouages de l'État.

