Analyse du budget de l'Ontario pour 2025

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Génération Squeeze
/20 mai 2025

Le manque de données par âge permet au budget de l'Ontario d'éviter de s'attaquer à des défis fiscaux majeurs.

Le budget de l'Ontario pour 2025 prévoit un déficit de 14.6 milliards de dollars. Il est frappant de constater que ce déficit est si proche de l'augmentation de 14.9 milliards de dollars des dépenses médicales pour les résidents de plus de 64 ans depuis l'entrée en fonction du premier ministre Doug Ford en 2018.

Ce parallèle n'est pas fortuit. Il reflète une vérité plus vaste, mais largement ignorée. Les pressions budgétaires engendrées par le vieillissement de la population sont à l'origine du déficit budgétaire de l'Ontario – tout comme pour… de nombreux gouvernements à travers le CanadaMalheureusement, le dernier budget de l'Ontario ne fait qu'évoquer brièvement cette réalité. On accorde plus d'importance à la rénovation des infrastructures vieillissantes qu'à la hausse des coûts des soins aux Ontariens vieillissants.

La principale cause du déficit de l'Ontario est facile à masquer lorsque la province refuse de publier la ventilation des dépenses publiques par âge. Des organisations comme Generation Squeeze doivent donc reconstituer les chiffres, en espérant que quelques lecteurs curieux y prêtent attention.

Il ne s'agit pas d'un simple oubli. C'est un manquement institutionnel à l'égard de la publication de données qui permettraient de mettre en lumière certaines des tendances les plus importantes qui façonnent notre avenir budgétaire.

Ne pas tenir compte des dépenses publiques par âge, c'est faire preuve d'aveuglement volontaire face à l'ampleur d'un défi qui se prépare depuis des décennies.

Des rapports transparents ventilés par âge permettraient de révéler l'ampleur du changement en cours. Sous le premier ministre Ford, la hausse des dépenses médicales pour les 18 % d'Ontariens de plus de 64 ans a été plus rapide que celle des 82 % restants de la population. Elle rivalise également avec la croissance combinée du financement de l'éducation primaire et secondaire, des établissements postsecondaires et de l'ensemble des services sociaux.

Il ne s'agit pas de réaffectations marginales. Ce sont des changements structurels et générationnels.

Il est temps que tous les gouvernements fassent la lumière sur la façon dont la dynamique des âges remodèle nos fondements budgétaires. Cela implique de divulguer régulièrement comment les habitudes de dépenses provinciales varient selon l'âge et quelles sont leurs conséquences sur les déficits, la dette et les arbitrages intergénérationnels.

Un reporting adéquat intégrerait Dépenses nationales de santé données de la Institut canadien d'information sur la santé, qui démontrent que les Canadiens consomment davantage de soins médicaux après 65 ans qu'au cours de leurs six premières décennies et demie.

Les rapports gouvernementaux doivent également prendre en compte la forte baisse du ratio de retraités par rapport à la population en âge de travailler. Lorsque les baby-boomers sont entrés dans la vie active, on comptait sept actifs pour un retraité. Aujourd'hui, ce ratio est tombé à seulement trois actifs pour un retraité. À l'époque, la multitude facilitait le travail. Désormais, Les milléniaux contribuent de 20 à 40 % de plus aux impôts sur le revenu. envers les baby-boomers à la retraite, plus que les baby-boomers ne l'ont fait pour les retraités qui les ont précédés.

La responsabilité de l'Ontario pour avoir omis de planifier le coût des soins médicaux des baby-boomers ? 723 milliards de dollars

Les gouvernements savaient depuis des décennies que le vieillissement de la population engendrerait de sérieuses pressions budgétaires. Ottawa a réagi à la fin des années 1990. En adaptant sa stratégie de revenus pour le Régime de pensions du Canada, les provinces ont toutefois omis de prendre des mesures similaires pour les dépenses de santé, ratant ainsi l’occasion de constituer des réserves auprès des baby-boomers durant leurs meilleures années de revenus afin de couvrir les coûts médicaux prévisibles à la retraite.

Par conséquent, nous sommes aujourd'hui confrontés à un problème de financement clair et très précis pour répondre aux besoins en soins médicaux de nos aînés. Étude de l'Institut CD Howe Les estimations indiquent que cet échec laissera à l'Ontario un passif de 723 milliards de dollars au cours des 45 prochaines années – et un passif faramineux de 2 000 milliards de dollars à l'échelle du Canada.

Le nouveau plan budgétaire triennal du gouvernement Ford montre déjà des signes évidents de faiblesse, avant même de s'attaquer au déficit budgétaire qui se profile. Malgré la demande croissante de services améliorés – notamment un meilleur accès aux soins médicaux en temps opportun –, le budget 2025 prévoit peu de nouvelles dépenses, une fois l'inflation prise en compte. Si l'on tient compte de la croissance démographique, les dépenses réelles par habitant diminuent dans la plupart des grands postes budgétaires.

L’enseignement postsecondaire est particulièrement touché, avec une réduction de 10 % de son financement total prévue pour les trois prochaines années – et ce, sans même tenir compte de l’inflation ni de la croissance démographique. Ainsi, le budget 2025 de l’Ontario ignore non seulement l’impact des changements démographiques sur les finances publiques, mais aussi la frustration croissante des jeunes résidents pour qui le logement, l’éducation et les services de garde d’enfants sont souvent inaccessibles.

Il n'est pas trop tard pour agir

Ne pas tenir compte des tendances générationnelles en matière de dépenses et de recettes publiques engendre des risques sociaux et politiques. Lors des récentes élections fédérales, un phénomène généralisé s'est produit. Les commentaires soulignaient un fossé générationnel croissant dans la politique canadienne.Pour nous mettre sur la voie de la réduction de cet écart croissant, des mesures claires sont nécessaires.

L’Ontario (et toutes les autres provinces) devrait mettre sur pied un groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais », chargé d’élaborer des plans durables pour financer la retraite des baby-boomers, tout en assurant un traitement équitable aux jeunes contribuables et aux contribuables futurs. Plus nous tardons, plus le statu quo accumule insidieusement les dettes impayées des milléniaux et de la génération Z – des générations déjà accablées par le coût exorbitant du logement.

L’Ontario (et toutes les autres provinces) devrait nommer un ministre de l’Équité intergénérationnelle. La province est confrontée à des choix difficiles, mais nier les tensions intergénérationnelles qui alimentent les déficits publics ne les fera pas disparaître. Cela ne fera que retarder les conversations franches dont nous avons un besoin urgent pour garantir que les finances publiques servent les intérêts des jeunes et des aînés, aujourd’hui et pour l’avenir.

 

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