Les dépenses médicales des baby-boomers font basculer les budgets provinciaux d'un excédent à un déficit.

Les soins médicaux représentent le poste de dépense le plus important dans tous les budgets provinciaux. Avec le vieillissement de la population, les coûts ont fortement augmenté, sans que les revenus ne suivent la même tendance. Une nouvelle étude de Gen Squeeze aide les Canadiens à comprendre les mesures nécessaires pour garantir l’accès universel aux soins pour toutes les générations.

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Andréa Long
/26 novembre 2025

L’Alberta propose de nouvelles règles qui permettraient aux médecins d’exercer dans les secteurs public et privé. Le Québec tente d’obliger les médecins à voir davantage de patients. Ces changements sont souvent présentés comme des réponses à la pénurie de médecins, mais ils révèlent un problème plus profond : une forte augmentation de la demande de soins médicaux liée au vieillissement de la population, un aspect trop souvent négligé dans le débat public.

Les soins médicaux représentent le poste de dépense le plus important dans tous les budgets provinciaux, et pourtant le système est mis à rude épreuve par des pressions que les gouvernements auraient dû anticiper. Avec le vieillissement et l'allongement de l'espérance de vie des baby-boomers, le coût des soins aux aînés canadiens a fortement augmenté, sans que les systèmes de revenus provinciaux n'aient été adaptés en conséquence.

Ce déséquilibre alimente aujourd'hui les déficits provinciaux et les longs délais d'attente, tout en privant les jeunes Canadiens d'investissements essentiels, du logement à l'éducation. Il les oblige également à assumer les frais médicaux de leurs parents et grands-parents – des difficultés prévisibles que les gouvernements n'avaient pas anticipées il y a des décennies.

Malgré cela, l’impact budgétaire du vieillissement de la population est rarement abordé ouvertement ou quantifié clairement. nouvelle étude du Generation Squeeze Lab rassemble les données probantes afin que les Canadiens puissent comprendre les enjeux et les mesures à prendre pour protéger l'accès universel pour chaque génération.

Téléchargez l'étude complète et les analyses provinciales :
https://action.gensqueeze.ca/medical_budgets_in_an_aging_canada

 

Écoutez notre dernier podcast sur cette étude :

Les données de l’Institut canadien d’information sur la santé montrent que les Canadiens de moins de 50 ans dépensent en moyenne environ 3 000 $ par année en soins financés par l’État. Au début de la soixantaine, ces coûts dépassent les 10 000 $. À 90 ans, ils avoisinent les 37 000 $. Un aîné type consomme plus de soins que quatre Canadiens de moins de 50 ans réunis.

Ce ratio nous permet de comparer la demande de soins médicaux lorsque les baby-boomers étaient jeunes à celle d'aujourd'hui, en tenant compte de la croissance et du vieillissement de la population. En 1976, les 23.5 millions d'habitants du Canada, dont seulement 9 % avaient plus de 64 ans, généraient une demande de soins équivalente à celle de 32.2 millions de patients de moins de 50 ans. En 2024, la population atteignait 41.3 millions d'habitants. Si la proportion de personnes âgées était restée à 9 %, la demande aurait été équivalente à celle de 56.7 millions de patients de moins de 50 ans.

Mais comme près d'un Canadien sur cinq a maintenant plus de 64 ans, la demande a grimpé à 75.6 millions. Le vieillissement à lui seul a ajouté l'équivalent de 18.9 millions de patients plus jeunes à la croissance démographique.

L'analyse de ces pressions budgétaires provinciales donne des résultats frappants. En conservant les mêmes habitudes de dépenses qu'aujourd'hui, mais en appliquant la même structure par âge qu'en 1976, la plupart des provinces passeraient d'un déficit à un excédent.

  • En Ontario, les coûts médicaux liés au vieillissement dépassent désormais 22 milliards de dollars par année, ce qui suffit à transformer un déficit de 15 milliards de dollars en un excédent de 8 milliards de dollars.
  • Le Québec connaît une évolution similaire : ses coûts de vieillissement de 22 milliards de dollars transforment ce qui aurait été un excédent de 10 milliards de dollars en un déficit de 11 milliards de dollars prévu pour 2025.
  • Si la structure par âge de l'Alberta était encore celle de 1976, son budget de 2025 passerait d'un déficit de 5.2 milliards de dollars à un excédent de 761 millions de dollars.
  • Les provinces moins peuplées suivent la même tendance : en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à l'Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve-et-Labrador, les coûts liés au vieillissement expliquent à eux seuls les déficits actuels.
  • Le faible déficit de 12 millions de dollars de la Saskatchewan reflète une population qui n'a pas vieilli aussi fortement.
  • La Colombie-Britannique constitue une exception partielle : son déficit par habitant est plus important, et le vieillissement n'explique qu'environ les trois quarts de ce déficit.

La conclusion est claire : le poids budgétaire du vieillissement pèse désormais lourdement sur les finances provinciales. Contrairement à d’autres facteurs de déficit, comme les chocs économiques, celui-ci était prévisible et évitable.

Il ne s'agit en aucun cas de blâmer les gens pour le vieillissement. L'erreur incombe aux gouvernements provinciaux d'il y a plusieurs décennies, qui ont ignoré les avertissements répétés concernant la nécessité de se préparer aux besoins médicaux des baby-boomers, alors même qu'Ottawa modernisait le Régime de pensions du Canada afin que ces derniers cotisent davantage à l'avance pour leur retraite. Cette asymétrie explique pourquoi les jeunes contribuables d'aujourd'hui paient déjà de 20 à 40 % de plus de leurs impôts sur le revenu pour une retraite confortable que les baby-boomers au même âge – tout en gagnant moins (après inflation), en payant plus cher leur logement et en devant faire face aux coûts de l'adaptation aux changements climatiques.

Recommandation

Les politiciens qui refusent de s'attaquer à ces pressions démographiques ne protègent personne. Sans nouvelles recettes, les provinces resteront engluées dans des déficits chroniques, les temps d'attente s'allongeront et la pression en faveur d'un système de soins à deux vitesses s'intensifiera.

Le Canada doit moderniser son système de financement des soins de santé. Cela implique de conjuguer des réformes d'efficacité attendues depuis longtemps avec un plan de revenus réaliste et équilibré pour les générations futures, qui corresponde aux coûts prévisibles des soins prodigués à une population vieillissante.

Nous recommandons la création d’un groupe de travail fédéral-provincial-territorial « Mieux vaut tard que jamais » chargé de concevoir des systèmes de revenus qui :

  • Protéger l'accès universel
  • Soutenir la dignité des aînés
  • Stabiliser les finances provinciales
  • Préserver les marges de manœuvre pour les investissements qui contribuent à la santé des populations
  • Allégez le fardeau que les jeunes Canadiens portent actuellement.

L’accès universel aux soins de santé est l’une des plus grandes fiertés du Canada. Son avenir repose sur la capacité des dirigeants à demander aux retraités financièrement à l’aise de contribuer davantage afin de protéger les aînés dans le besoin, d’alléger le fardeau de leurs enfants et petits-enfants et de pérenniser le système pour les générations futures. Si nous ignorons ces réalités, la frustration liée à l’accès aux soins se transformera en ressentiment, et un héritage cher aux Canadiens pourrait commencer à se dégrader.

 

 

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À propos d'Andrea Long
Andrea est directrice principale de la recherche et de la mobilisation des connaissances chez Generation Squeeze.

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