Le Globe & Mail : Eby, Ford et Trudeau paient pour les erreurs gouvernementales d'il y a des décennies.

Le NPD en Colombie-Britannique, les progressistes-conservateurs en Ontario et les libéraux à Ottawa peinent tous aujourd'hui à équilibrer leurs budgets parce que les gouvernements, il y a des décennies, n'ont pas su planifier adéquatement la retraite des baby-boomers.

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Paul Kershaw
/25 mai 2024

Initialement publié en Le Globe & Mail le 25 Mai 2024

Je n'aime pas nettoyer les dégâts des autres, surtout quand ils auraient pu être évités.

C’est pourquoi je comprends les gouvernements en place. Le NPD en Colombie-Britannique, les progressistes-conservateurs en Ontario et les libéraux à Ottawa peinent tous aujourd’hui à équilibrer leurs budgets parce que Il y a des décennies, les gouvernements ont échoué à planifier correctement la retraite des baby-boomers.

Les budgets déposés entre 1995 et 1998 par le gouvernement du premier ministre Jean Chrétien mettent en évidence cet échec. Bien qu'il se soit mieux préparé à l'explosion démographique des baby-boomers que toute administration précédente ou suivante, ses propres budgets démontrent qu'il a sciemment laissé le travail inachevé.

En examinant le bilan mitigé de ce gouvernement, nous pouvons mieux comprendre les politiciens actuels, toutes tendances confondues. Ils ont hérité d'un désastre financier que leurs prédécesseurs connaissaient, mais qu'ils n'ont pas su empêcher.

Conformément aux données que j'ai partagées dans mes précédentes chroniques, le budget fédéral de 1995 indiquait : « Le pourcentage de personnes âgées de plus de 65 ans va presque doubler au cours des 40 prochaines années. » Cela signifierait que les personnes âgées passeraient de 12 % de la population aujourd'hui à environ 23 % d'ici 2030.

Le budget indiquait en outre que le Canada ne disposerait que de trois travailleurs au cours du siècle prochain pour subvenir aux besoins de chaque retraité, comparativement à cinq à cette époque. sept ans lorsque les baby-boomers ont commencé à entrer sur le marché du travailParallèlement, les dépenses liées à la Sécurité de la vieillesse (SV) et aux régimes de pensions du Canada et du Québec augmenteraient en pourcentage de l’économie sur 40 ans – passant de 5.3 % en 1993 à plus de 8 % en 2030.

M. Chrétien a réagi en lançant un « examen fédéral-provincial du RPC » et a promis de publier un document l’année suivante sur les changements nécessaires pour assurer la viabilité de la SV.

Le budget de 1996 a tenu parole. « À moins que des changements ne soient apportés au RPC, les jeunes Canadiens d’aujourd’hui et les générations futures devront payer près de trois fois plus pour les mêmes pensions », y était-il indiqué. « Il faut agir dès maintenant pour éviter aux générations futures un fardeau excessif et pour assurer aux jeunes Canadiens que le RPC sera là pour eux à la retraite. »

Le même budget annonçait le remplacement de la pension de retraite par une nouvelle prestation pour les aînés, à compter de 2001. Cette nouvelle prestation augmenterait le montant des aides aux retraités les moins aisés, maintiendrait les prestations pour ceux dont le revenu ne dépasse pas 70 000 $ (valeur actuelle) et réduirait celles pour les personnes dont le revenu est supérieur à ce seuil. L’admissibilité à la pension de retraite serait déterminée en fonction du revenu du ménage, et non du revenu individuel. Les fonds alloués aux crédits d’impôt pour l’âge et les pensions existants seraient réaffectés afin de compenser les augmentations de la pension de retraite.

En 1997, le gouvernement a commencé augmentation des cotisations au RPC de 68 % au cours des six prochaines annéeset ont fait état de progrès concernant la nouvelle prestation pour les aînés dans les budgets de 1997 et 1998.

Par la suite, la situation a changé. La nouvelle prestation pour les aînés n'a été mentionnée dans le budget de 1999, pas plus qu'aucune solution de rechange pour adapter le SV.

Bien que je sois encore à la recherche des raisons de l'inversion de la SV, plusieurs enseignements se dégagent de cette leçon d'histoire.

Premièrement, les gouvernements avaient anticipé les défis budgétaires posés par le vieillissement de la population il y a plusieurs décennies. Depuis qu’Ottawa a demandé aux provinces de revoir les pressions exercées sur le Régime de pensions du Canada, les premiers ministres provinciaux avaient toutes les raisons de prévoir que les mêmes changements démographiques auraient une incidence sur leurs plans budgétaires, car le vieillissement de la population entraîne une hausse des dépenses de santé.

Deuxièmement, le gouvernement Chrétien mérite des félicitations. Inviter les baby-boomers à cotiser davantage au Régime de pensions du Canada (RPC) pendant leur activité professionnelle compte parmi les décisions politiques les plus importantes de l’histoire du Canada en matière d’équité intergénérationnelle. Il a ainsi protégé le régime pour les jeunes générations et les générations futures sans laisser de factures impayées.

En revanche, l'absence de réforme de la SV constitue un point négatif pour nous. Les gouvernements savaient que la SV était injuste d'une génération à l'autre et qu'elle paralyserait les finances des administrations contemporaines à moins d'augmenter les recettes ou de réduire les prestations.

Finalement, le premier ministre Stephen Harper a proposé de relever l'âge d'admissibilité au visa de service de 65 à 67 ans. Mais même si son plan n'avait pas été annulé par le gouvernement de Justin Trudeau, les changements de M. Harper n'auraient été effectifs qu'en 2023. Il a donc lui aussi repoussé l'échéance de plusieurs cycles électoraux après son annonce.

« Mieux vaut tard que jamais », telle est la morale de ce retour sur le passé. Les anciens projets de réforme du système de retraite restent d'actualité.

Pour commencer, la mise en œuvre du plan de réaffectation des fonds provenant des crédits d'impôt pour les personnes âgées et les retraités pourrait économiser 6 milliards de dollars par anEn apportant cette modification à la prochaine déclaration économique d'automne, Ottawa gagnerait du temps pour accomplir le travail plus difficile d'évaluer d'autres options pour réviser les prestations de la SV, ou demander aux baby-boomers aisés de payer plus d'impôts pour couvrir les coûts.

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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