Le Globe & Mail : Les jeunes Canadiens étudient plus longtemps pour des emplois moins bien rémunérés, et doivent ensuite faire face à une flambée des prix de l’immobilier.
Il est devenu un lieu commun de dire que les jeunes d'aujourd'hui boivent trop de lattes et mangent trop de toasts à l'avocat, et qu'ils n'ont donc pas les moyens de subvenir à leurs besoins essentiels. En tant que fondatrice de Generation Squeeze, je me suis donné pour mission de prouver le contraire.
Il est devenu un lieu commun de dire que les jeunes d'aujourd'hui boivent trop de cafés au lait et mangent trop de toasts à l'avocat, et qu'ils n'arrivent donc pas à subvenir à leurs besoins essentiels ; qu'ils dépendent trop de l'aide de leurs parents – bien au-delà de ce qu'un adulte responsable devrait faire. Ils veulent tout, tout de suite, sans travailler.
Vous avez peut-être tellement entendu ces inepties que vous avez fini par y croire.
En tant que fondatrice de Generation Squeeze, je me suis donné pour mission de démontrer que ces idées reçues sont fausses. Car elles sont véritablement néfastes et amènent de nombreux jeunes à penser qu'ils font mal les choses ou qu'ils échouent personnellement lorsqu'ils peinent à se constituer une base financière solide.
Simplification excessive finances personnelles Les commentaires suggérant aux jeunes de simplement « travailler plus intelligemment, épargner davantage et investir plus judicieusement » peuvent aggraver le problème. Pour un petit nombre de jeunes, ce conseil peut fonctionner. Mais pour la plupart, le véritable problème réside dans le dysfonctionnement du système intergénérationnel canadien : le travail acharné et une bonne planification ne permettent plus d’atteindre le même niveau de vie qu’il y a quelques décennies.
Les données sont claires : le travail acharné rapporte moins aux jeunes aujourd’hui. Les jeunes Canadiens vont beaucoup plus longtemps à l’école pour décrocher des emplois moins bien rémunérés, et se retrouvent ensuite confrontés à des difficultés financières. Les prix des maisons s'envolent.
Comparativement aux baby-boomers, les jeunes d'aujourd'hui doivent souvent travailler 10 à 20 ans de plus pour épargner 20 % de l'apport initial nécessaire à l'achat d'un premier logement. Ils se retrouvent alors accablés par des dettes colossales. Leurs prêts hypothécaires, ou leurs rêves d'accession à la propriété, s'effondrent. Leur maigre consolation : la hausse des loyers.
Ce n'est pas un hasard si le travail acharné est moins rémunérateur aujourd'hui. C'est le fruit de choix politiques opérés par les gouvernements passés et présents, et approuvés par les électeurs. La population vieillissante actuelle n'a peut-être pas pleinement anticipé les conséquences de ces décisions politiques pour ses enfants et les générations futures. Pourtant, cela ne rend pas le statu quo moins préjudiciable au bien-être financier de leurs enfants.
Nous avons choisi de maintenir des politiques qui alimentent la flambée des prix de l'immobilier, créant des fortunes inattendues pour ces Canadiens – souvent plus âgés – qui ont investi dans le logement marché du logement il y a des années, tout en réduisant drastiquement l’abordabilité pour les jeunes résidents.
Pour éviter les pires dangers de Face au changement climatique, les jeunes doivent revoir leurs habitudes de travail, d'alimentation, de transport, de vacances, et bien plus encore. Ils doivent supporter cette dette climatique colossale car nos choix politiques ont toléré la préférence des générations plus âgées pour éviter les inconvénients liés au coût de la pollution ou à l'adaptation à la crise climatique.
Malgré Confrontés à des frais universitaires plus élevés et à des difficultés de garde d'enfants qui représentent un coût équivalent à un loyer, les jeunes héritent également d'une dette publique plus importante. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas politiquement opportun d'admettre aux baby-boomers que les impôts qu'ils ont payés tout au long de leur vie ne suffisent pas à couvrir l'intégralité des coûts des soins médicaux et des aides sociales qu'ils souhaitent. La retraite. C'est pourquoi nous voyons maintenant tous les premiers ministres canadiens réclamer des milliards de dollars supplémentaires à Ottawa pour les soins médicaux, sans aucune discussion sur la façon dont les gouvernements trouveront les revenus nécessaires pour les financer.
Je sais que ce n'est pas l'histoire que les aînés canadiens veulent entendre. Je sais qu'ils ont travaillé dur pour bâtir leur carrière, leur foyer, leur famille et notre pays. Ils n'ont pas cherché à saboter délibérément l'avenir de leurs enfants et petits-enfants. Ma mère ne l'a pas fait. La vôtre non plus.
Mais le fait que ces preuves soient difficiles à entendre n'est pas une raison suffisante pour ne pas les écouter.
La dure réalité est que de nombreux jeunes Canadiens sont aux prises avec des difficultés financières en raison de politiques qui ont favorisé les générations plus âgées au détriment des autres. Ces problèmes sont apparus parce que les générations précédentes n'ont pas géré avec suffisamment de prudence les ressources communes à toutes les générations – des ressources essentielles pour préserver des choses aussi fondamentales que des logements décents, une enfance saine et un climat stable.
Bien que de nombreux membres de notre population vieillissante aient pu agir individuellement de bonne foi en tant que parents, voisins et travailleurs, nos systèmes politiques ne leur ont pas demandé de s'adapter adéquatement aux tendances politiques, ce qui a entraîné un transfert de la vulnérabilité économique des Canadiens plus âgés vers les plus jeunes.
Des solutions peuvent être trouvées dans des changements de politiques publiques. Ces changements nécessitent que les jeunes générations (et les personnes âgées qui les aiment) fassent entendre leur voix et partagent leurs expériences. faire évoluer les mythes culturels (comme celui du millénial paresseux), en modifiant les incitations politiques (comme baisse du taux de participation électorale chez les jeunes citoyens), et en manifestant son soutien à des solutions politiques (en rejoignant des groupes comme Génération SqueezeLorsque suffisamment d'individus mettent en œuvre ces changements, nous créons un contexte politique favorable permettant aux politiciens de réagir courageusement pour corriger les injustices intergénérationnelles.
Nous nous sommes tous adaptés si rapidement et de façon si considérable pour lutter contre la pandémie, dans notre vie privée comme dans nos systèmes et services. Nous avons appris que nous pouvions relever ensemble les grands défis.
Il est temps de mobiliser cette capacité d'adaptation pour guérir le virus intergénérationnel qui infecte nos systèmes économiques et sociaux et qui pèse sur les finances personnelles des jeunes Canadiens d'aujourd'hui.
Il s'agit de Paul Kershaw premier article pour une nouvelle publication bihebdomadaire Chronique des finances personnelles pour le Globe & Mail.