Globe & Mail : De tous bords politiques, les budgets provinciaux âgistes pénalisent les jeunes
Les batailles politiques font peut-être la une des journaux, mais en coulisses, le résultat financier est le même : des budgets provinciaux qui discriminent les enfants, les parents et les jeunes travailleurs.
Initialement publié en Le Globe & Mail le 6 Mars 2026
On ne s'attendrait pas à ce que David Eby et Danielle Smith partagent la même opinion en matière de politique budgétaire.
L'un dirige un gouvernement néo-démocrate imprégné d'une tradition militante qui développe les services publics. L'autre est à la tête d'un gouvernement conservateur qui promet une réglementation allégée du marché, tout en s'affrontant sur les questions d'éducation sexuelle et de pronoms de genre.
Pourtant, lorsqu'on fait abstraction de la rhétorique et qu'on examine les chiffres de leurs budgets pour 2026, la ressemblance est frappante.
Les deux pays consacrent la part du lion de leurs nouvelles dépenses aux soins médicaux. Tous deux accumulent d'importants déficits pour ce faire. Tous deux freinent considérablement la croissance des investissements dans le logement, l'enseignement supérieur, la garde d'enfants et le soutien aux jeunes travailleurs.
Le fait que deux gouvernements en désaccord sur tant de points soient arrivés au même point s'explique par un élément profondément ancré dans la culture politique canadienne : la volonté de protéger les électeurs âgés à presque n'importe quel prix, même si cela fait peser le fardeau sur les jeunes générations.
À moins que les citoyens ne s'opposent à ce renversement de situation, les provinces continueront de présenter des budgets défavorables aux enfants, aux parents et aux jeunes travailleurs, quel que soit le parti au pouvoir. Les signes avant-coureurs sont visibles : De nouvelles données montrent que la Colombie-Britannique Le pays enregistre aujourd'hui le taux le plus élevé d'enfants en situation de vulnérabilité développementale à leur entrée en maternelle depuis un quart de siècle – le pire du pays. Ces enfants courent des risques accrus d'échec scolaire, d'incarcération et de maladies évitables. Alberta D'après les dernières données comparables recueillies, son taux était presque aussi élevé.
Les facteurs démographiques font partie des pressions à l'origine de cette tendance fiscale. Selon l'Institut canadien d'information sur la santé, les Canadiens de plus de 65 ans ont recours aux soins médicaux environ quatre fois plus souvent que ceux de moins de 50 ans. Avec l'arrivée à la soixantaine et à la quatre-vingtaine, la demande de soins augmente inévitablement, la proportion de personnes âgées ayant doublé par rapport à l'époque où les baby-boomers étaient jeunes.
Cela était prévisible il y a des décennies. Ce qui n'était pas prédéterminé, c'était la réaction.
Les provinces ont choisi de ne pas moderniser leurs systèmes de revenus pour se préparer aux coûts de santé liés au vieillissement. En revanche, Ottawa a réformé le Régime de pensions du Canada dans les années 1990., augmentant les primes de 68 % afin que les baby-boomers préfinancent une part importante de leurs prestations de retraite.
Aujourd'hui, les provinces de gauche comme de droite gouvernent dans l'ombre de ce choix.
In Colombie-BritanniqueD’ici 2028, les soins médicaux bénéficieront d’un financement supplémentaire de 3.2 milliards de dollars par année, soit plus du double de l’augmentation combinée des dépenses consacrées à l’enseignement préuniversitaire, aux services de garde d’enfants, à la formation professionnelle et aux services sociaux. Ajusté en fonction de l’âge, cela représente environ 2 100 $ par retraité, contre environ 440 $ par résident de moins de 45 ans. La province prévoit un déficit supplémentaire de 37 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.
L'Alberta emboîte le pas.Les dépenses totales en soins médicaux augmenteront de 7.6 milliards de dollars par année d'ici 2028, dépassant largement les hausses des dépenses en services sociaux, en éducation et en enseignement postsecondaire, et reléguant le logement à moins de 1 % des dépenses. Ajusté selon l'âge, cela représente environ 4 300 $ par personne âgée, comparativement à environ 1 200 $ par résident de moins de 45 ans. La province prévoit des déficits de 24 milliards de dollars sur trois ans.
L'augmentation des dépenses de santé reflète la pression démographique. Mais cette pression ne dicte pas la réponse à apporter. Accroître ces dépenses sans augmenter les recettes correspondantes – et combler le déficit par l'endettement – est un choix politique.
Les gouvernements auraient pu coupler la hausse des coûts médicaux à de nouvelles contributions liées au vieillissement. Ils auraient pu ralentir la croissance des dépenses de santé afin de dégager davantage de fonds pour les générations accablées par le prix des logements, confrontées à un système d'enseignement supérieur sous-financé ou à un marché du travail précaire.
Ils ont choisi de ne pas le faire.
Une partie de l'explication réside dans le calcul électoral. Les Canadiens plus âgés votent davantage et sont mieux organisés politiquement. Les enfants ne peuvent pas voter. Les jeunes adultes votent moins régulièrement. Les parents, déjà accablés par le loyer, l'hypothèque et les frais de garde d'enfants, ont moins de temps à consacrer à la mobilisation politique.
Mais le taux de participation à lui seul n'explique pas l'âgisme transpartisan envers les jeunes Canadiens.
L'élargissement de l'accès aux soins médicaux est désormais considéré comme un impératif moral, quasiment indiscutable, tandis que demander aux retraités financièrement à l'aise de contribuer au financement de leur longévité est perçu comme politiquement risqué. Au-delà des clivages partisans, la solution la plus sûre consiste à préserver les dépenses de santé liées à l'âge et à laisser les conséquences budgétaires retomber ailleurs.
Cet « ailleurs », ce sont les jeunes Canadiens : des investissements plus lents dans le logement et l’éducation, et des déficits qui les laissent avec des factures impayées.
Chaque année où nous tardons à moderniser le financement des retraites confortables des baby-boomers, les coûts augmentent et les jeunes Canadiens en subissent les conséquences indirectes. Les luttes partisanes font peut-être la une des journaux, mais derrière ce théâtre politique, le résultat financier est le même : des budgets qui pénalisent les enfants, les parents et les jeunes travailleurs.
Ce n'est pas l'héritage que la plupart des électeurs souhaitent laisser. Il est urgent de corriger ce déséquilibre. Les électeurs devraient exiger mieux dès maintenant, quel que soit leur parti.