Globe & Mail : Un coup de pouce à SV serait insuffisant là où c’est nécessaire, et excessif là où ce n’est pas le cas.

L’Association canadienne des personnes retraitées (ACPR) propose une augmentation de la pension de la Sécurité de la vieillesse au Canada, mais celle-ci ne permettra pas à la plupart des aînés les plus démunis de sortir de la pauvreté. Elle améliorerait toutefois le niveau de vie des retraités aux revenus élevés et creuserait le déficit de plus de 3 milliards de dollars.

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Paul Kershaw
/14 octobre 2025

Initialement publié en Le Globe & Mail sur Octobre 3, 2025

Le directeur parlementaire du budget avertit que les finances fédérales sont insoutenables, le déficit ayant atteint 68.5 milliards de dollars cette année et le ratio dette/PIB ne devant plus diminuer. Peut-être cela attirera-t-il enfin l’attention politique sur le principal point de tension : La Sécurité de la vieillesse, mal ciblée et coûtant 42 milliards de dollars de plus qu'il y a dix ans, contribue davantage aux déficits actuels que les soins dentaires, les services de garde d'enfants ou… la défense.

Malgré les pertes, le plus grand lobby des retraités, le Association canadienne des personnes retraitées (ACPR), fait pression pour obtenir des milliards supplémentaires. La première recommandation de sa récente soumission prébudgétaire Le Bloc Québécois exhorte Ottawa à maintenir sa politique de « non-ingérence dans la Sécurité sociale ». Sous prétexte de protéger les aînés financièrement vulnérables, il recommande qu’Ottawa étende la récente bonification de 10 % de la Sécurité sociale – d’une valeur maximale d’environ 890 $ par année – à tous les aînés de 65 ans et plus, et non seulement à ceux de plus de 74 ans. Le Bloc Québécois appuie cette demande, et son leader parlementaire adjoint, Alexis Deschênes, a récemment déclaré que tous les retraités ont besoin de ces fonds supplémentaires.

Ce genre de rhétorique est percutant, mais la réalité est tout autre. L'augmentation proposée ne sortira pas la plupart des personnes âgées pauvres de la pauvreté. En revanche, elle améliorera considérablement les finances des retraités aux revenus à six chiffres et ajoutera… plus de 3 milliards de dollars au déficit. Les Canadiens doivent démasquer cette supercherie et dénoncer tous ceux qui instrumentalisent la pauvreté des aînés pour justifier l'augmentation des subventions destinées à ceux qui n'en ont pas besoin.

Recherche par le Institut national du vieillissement Une étude de l'Université métropolitaine de Toronto vient étayer cette thèse. Les trois quarts des Canadiens de plus de 50 ans affirment que leur revenu est suffisant pour vivre, et plus de la moitié de ceux dont le revenu annuel du ménage dépasse 80 000 $ se disent financièrement en sécurité. Au Québec, où les députés du Bloc québécois réclament avec le plus de vétusté une bonification de la pension de réversion, les aînés affichent le plus haut niveau de sécurité financière au pays.

Tout ceci souligne un point essentiel : si certains retraités rencontrent des difficultés, une augmentation généralisée de la pension de retraite n’est pas la solution. Elle répartit des milliards entre la plupart des personnes âgées, mais n’apporte que peu d’aide aux plus démunis. 405 000 personnes pauvresAlors que la valeur de la SV devrait déjà passer de 86 milliards de dollars cette année à 104 milliards de dollars d'ici 2029, Ottawa ne peut se permettre de gaspiller davantage d'argent avec sa conception inefficace.

Les conditions d'admissibilité à la subvention de 18 000 $ sont plus avantageuses que celles des autres aides au revenu. Les couples retraités dont le revenu s'élève à 182 000 $ sont admissibles à la subvention complète de 18 000 $, tandis que l'Allocation canadienne pour enfants commence à diminuer lorsque le revenu familial dépasse 81 000 $. Bien que les aînés moins susceptibles d'être pauvres surélevées que pour les plus susceptibles d'être propriétaires de maisonsIls peuvent avoir un revenu supérieur de 100 000 dollars à celui des jeunes familles et continuer à recevoir des subventions des contribuables.

En réduisant l'allocation de soutien aux aînés pour les ménages retraités dont le revenu dépasse 100 000 $, le Canada pourrait réaffecter 7 milliards de dollars par année là où les besoins sont les plus criants, selon une étude que j'ai menée à mon laboratoire de l'Université de la Colombie-Britannique à l'aide de modélisations de Statistique Canada. Cette proposition éliminerait pratiquement la pauvreté chez les aînés en ajoutant 5 000 $ par année pour chaque aîné qui vit actuellement sous le seuil de pauvreté officiel – bien plus que les 888 $ recommandés par l'ACPR et le Bloc québécois. Elle permettrait également de dégager des milliards de dollars pour faire progresser une priorité absolue du premier ministre Mark Carney. lettre de mandat, qui décrivait les priorités du gouvernement, comme la réduction des coûts pour les Canadiens, en allégeant les dépenses de logement, la dette étudiante et les frais de garde d'enfants, tout en laissant la possibilité de réduire le déficit.

L'ACPR affirme qu'un tel changement serait « un trahisonLe Canada ne peut bâtir un avenir juste et durable en sapant les fondements financiers de la retraite de ceux qui ont bâti ce pays et qui constituent également le groupe démographique à la croissance la plus rapide. Mais la véritable trahison consiste à laisser des centaines de milliers d'aînés dans la pauvreté tandis que des milliards sont versés à des ménages qui n'en ont pas besoin.

L’ACPR allègue également que le fait de refuser la hausse de 10 % de la SV aux personnes âgées de 65 à 74 ans « pénalise de fait toute une décennie de Canadiens âgés, dont beaucoup peinent à joindre les deux bouts avec un revenu fixe dans un contexte de forte inflation. Cette limite d’âge arbitraire est injuste et ageiste. »

Malheureusement, l'ACPR omet de dénoncer l'âgisme plus profond : celui-ci Les jeunes Canadiens souscrivent Des subventions généreuses sont accordées aux retraités dont le revenu familial atteint 182 000 dollars, alors même que les familles avec enfants voient leurs prestations réduites dès que leur revenu atteint la moitié de ce montant.

Dans un monde où les choix sont difficiles, Ottawa doit se poser la question suivante : quel résultat souhaitons-nous obtenir ? Si l’objectif est d’éliminer la pauvreté chez les aînés, nous pouvons y parvenir avec précision et à un coût abordable. Si l’objectif est de protéger les finances publiques, nous pouvons également y parvenir. Le modèle actuel de SV ne permet ni l’un ni l’autre.

C’est là le cœur du défi auquel Ottawa est confrontée. Les déficits se sont établis autour de 68.5 milliards de dollars à moyen terme.Et comme SV est déjà la principale source de pertes, persister dans une expansion non ciblée serait une folie. Réformer SV n'est pas une trahison, c'est une nécessité.

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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