Globe & Mail : Le Canada facture le carbone bien en deçà des dommages qu’il cause.
Les estimations du gouvernement fédéral montrent que les grands émetteurs paient bien moins que les dommages causés par la pollution au carbone. Ces coûts non payés ne disparaissent pas ; ils sont transmis aux jeunes générations et aux générations futures.
La politique climatique du Canada ressemble de plus en plus à un bras de fer entre opportunisme politique et réalité planétaire.
L’accord récemment conclu entre Ottawa et l’Alberta concernant la tarification du carbone industriel révèle cette tension.
En réponse aux menaces de séparation proférées par le gouvernement de l'Alberta, Ottawa a cédé, ralentissant ainsi le rythme de la hausse des prix du carbone industriel en Alberta et, par extension, dans le reste du pays. Les critiques Ils affirment que cet accord affaiblit considérablement les ambitions climatiques du Canada. Supporters On rétorque que l'Alberta – responsable d'environ un quart des émissions du Canada – pourrait désormais bénéficier d'un système de tarification plus crédible qu'auparavant, car le précédent paraissait plus sévère sur le papier qu'il ne l'était en pratique.
Les deux arguments sont valables. Mais un fait demeure incontournable dans ce débat : les estimations du gouvernement fédéral lui-même démontrent que les grands émetteurs paient bien moins que les dommages causés par la pollution au carbone. Ces coûts non couverts ne disparaissent pas ; ils sont légués aux générations futures.
Une partie de la confusion provient du fonctionnement réel de la tarification du carbone industriel.
grands émetteurs ne payez pas de taxes sur le carbone La majeure partie de leur pollution est exonérée de cette taxe. Le système industriel canadien accorde aux entreprises d'importants quotas d'émission avant l'entrée en vigueur de toute taxe carbone. Par conséquent, le nouveau prix du carbone de 140 $ prévu pour 2040 surestime les coûts réels supportés par l'industrie. Les gouvernements ont délibérément conçu ces systèmes pour protéger les entreprises concurrentes sur les marchés mondiaux du paiement de la taxe carbone sur une part importante de la pollution considérée comme typique de leurs secteurs d'activité.
Cette distinction est importante car beaucoup imaginent que l'industrie paiera le prix du carbone affiché pour chaque tonne émise. Pourtant, une fois pris en compte les importants quotas d'émission gratuits, les coûts imposés à de nombreux émetteurs restent étonnamment faibles. Dave Sawyer, économiste principal à l'Institut canadien du climat, estime que l'accord Ottawa-Alberta ajoutera environ 16 cents au coût de production d'un baril de pétrole d'ici 2030.
Rien de tout cela ne signifie que la tarification du carbone industriel soit sans importance. L’Institut canadien du climat la considère toujours comme la l'outil politique le plus important du pays pour faire évoluer le Canada vers la neutralité carbone d'ici 2050. Mais en affaiblissant ses ambitions en matière de tarification, Ottawa a compromis cet objectif. beaucoup plus difficile à atteindre.
Politiquement, les gouvernements pourraient n'avoir aucun mal à le faire. Sondages Les études montrent que les Canadiens privilégient l’abordabilité, le coût du logement et la précarité économique à la politique climatique. Alors que les menaces de tarifs douaniers et le référendum albertain font la une des journaux, les gouvernements craignent d’être tenus responsables de la hausse des prix – même si Des recherches suggèrent que les coûts du carbone industriel sont trop petites et les marchés mondiaux des matières premières trop dominants pour que la plupart des grands émetteurs puissent répercuter ces coûts de manière significative sur les consommateurs canadiens.
Le problème majeur est que la nature se moque bien de savoir si l'action climatique est populaire.
Les feux de forêt ne s'arrêtent pas parce que le coût de la vie est devenu la principale préoccupation des électeurs. La fonte des glaciers ne ralentit pas parce que les gouvernements craignent des répercussions électorales. L'atmosphère réagit aux concentrations de gaz à effet de serre selon des principes chimiques, physiques et biologiques, et non par opportunisme politique.
Les économistes tentent de saisir cette réalité en mesurant le «coût social du carbone,« qui mesure les dommages économiques totaux causés par l’émission accrue de polluants dans l’atmosphère. »
Le gouvernement canadien estime que chaque tonne supplémentaire de pollution au carbone entraînera environ 341 dollars par tonne de dommages économiques d'ici 2040, notamment les coûts croissants liés aux incendies, aux inondations, aux dommages aux infrastructures, aux perturbations agricoles et à la détérioration de la situation sanitaire.
Surtout, Ottawa exige formellement les ministères fédéraux Ces estimations servent à l'analyse coûts-avantages de la réglementation. Ainsi, quel que soit l'avis que l'on porte sur l'entente Ottawa-Alberta, il est indéniable que le système canadien de tarification industrielle demeure bien en deçà des dommages que notre propre gouvernement estime que la pollution au carbone causera.
Cela ne rend pas le Canada unique. Pratiquement aucun pays ne facture le carbone intégralement à son coût social estimé.
Mais l'honnêteté nous oblige à nommer le compromis.
En tolérant la pollution à des prix bien inférieurs aux dommages qu'elle cause, nous n'évitons pas les coûts, nous les reportons. Les adultes d'aujourd'hui bénéficient d'une production moins chère et de tensions politiques apaisées. Les jeunes générations et les générations futures, elles, héritent du fardeau.
Ce passif ne se limite pas aux factures de reconstruction après une catastrophe ou à la hausse des primes d'assurance. Il inclut l'instabilité des systèmes écologiques mêmes qui soutiennent la prospérité humaine. Des chercheurs de l'Université York estiment que si chaque habitant de la Terre consommait au niveau canadien, nous aurions besoin d'environ cinq Terres pour subvenir à nos besoins.
Les scientifiques avertissent désormais que l'humanité a dépassé les limites. sept des neuf principales limites écologiques de la planète nécessaires au maintien des conditions relativement stables dont dépend la civilisation.
La politique peut négocier des échéanciers, des dérogations et des compromis. Les systèmes terrestres, eux, ne négocient avec personne.
Nous sommes libres de débattre des politiques climatiques politiquement réalisables aujourd'hui. Nous ne sommes pas libres de décider si les jeunes générations en paieront le prix lorsque les impératifs politiques se heurteront à la réalité planétaire.