Globe & Mail : Un lifting bien nécessaire pour le prochain budget fédéral

À une époque marquée par d'importants déficits et la hausse des coûts d'intérêt, nos politiciens doivent définir des priorités plus claires quant à l'utilisation des maigres fonds publics. Le programme le plus coûteux du Canada, la Sécurité de la vieillesse, a dévié de sa mission première de protéger les retraités de la pauvreté pour se contenter désormais d'accroître le confort des plus aisés. Une réforme s'impose.

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Paul Kershaw
/03 novembre 2025

Initialement publié en Le Globe & Mail sur Octobre 17, 2025

Chaque samedi, les lecteurs dévorent ce journal. Refonte financière Cette rubrique, où des experts financiers aident les Canadiens à optimiser leurs plans de retraite, propose des conseils judicieux et méthodiques, expliquant comment tirer le meilleur parti des règles fiscales et des prestations. Cependant, ces articles servent souvent aussi d'exemples concrets illustrant comment le programme le plus coûteux du Canada, la Sécurité de la vieillesse, est passé d'une protection contre la pauvreté à un système qui contribue au confort des plus aisés.

Après mon colonne récente J'ai reçu un message d'Anita Bruinsma, planificatrice financière et chroniqueuse au Globe, qui a contribué à trois reprises à la rubrique « Financial Facelift », affirmant que les augmentations généralisées de la pension de retraite sont insuffisantes pour les retraités qui en ont besoin et excessives pour ceux qui n'en ont pas besoin. Elle m'a écrit pour me dire qu'elle partageait cet avis : « Je trouve toujours un peu étrange, a-t-elle confié, de voir des clients avec un revenu de 100 000 $ recevoir encore la pension de retraite. Les clients plus jeunes sont surpris d'y avoir droit ; ils pensent que cette pension est réservée à ceux qui ont besoin d'aide. »

Son analyse met en lumière les problèmes de la SV. Aider les retraités modestes est un devoir. Mais dépenser des milliards pour financer des subventions annuelles de 18 000 $ destinées à des couples retraités aux revenus à six chiffres et disposant d'un patrimoine important ne devrait plus être une priorité. À l'heure des déficits importants et de la hausse des coûts d'intérêt, nos responsables politiques doivent définir des priorités plus claires quant à l'utilisation des deniers publics, déjà rares.

Inutile de fouiller dans les tableurs du gouvernement pour constater le problème. L'émission « Financial Facelift » le met en lumière presque chaque semaine. Voilà qui devrait indigner les défenseurs des droits des personnes démunies, les partisans de la rigueur budgétaire et les contribuables.

Dans un article récent du Globe, un couple Ils ont sollicité des conseils sur la gestion d'un patrimoine de 4.4 millions de dollars afin que le mari puisse prendre une retraite anticipée, verser 250 000 dollars à un enfant pour un apport initial et conserver un revenu net annuel de 100 000 dollars à vie. Après fractionnement du revenu, leur conseiller a estimé que chacun bénéficierait d'un revenu imposable d'environ 115 000 dollars par an, incluant deux avantages liés à la sécurité sociale (SV) soumis à une faible réduction.

Un autre couple Ils ont déclaré un actif de 2.1 millions de dollars et un flux de trésorerie annuel de 164 000 $. Leur question : « Ce qu’il nous faut vraiment trouver, c’est le juste équilibre qui permette à mon argent – ​​le Régime de pensions du Canada, la Sécurité de la vieillesse et les dividendes de mon entreprise – de faire fructifier au maximum. »

Puis il y a eu un troisième coupleIls possédaient un patrimoine immobilier et des placements d'une valeur de près de 7 millions de dollars. Même après avoir donné 700 000 $ à leurs deux enfants et maintenu des objectifs de dépenses annuelles à six chiffres, leur conseiller patrimonial prévoyait que leur succession s'élèverait à 11 millions de dollars, tout en accumulant des avantages sociaux.

Ces personnes n'agissent pas mal. Les couples profitent des mesures incitatives mises en place par Ottawa, tandis que les conseillers financiers aident leurs clients à optimiser leurs avantages sociaux dans le respect des règles.

Le problème réside dans la manière dont ces règles sont appliquées. Lorsqu'un programme conçu pour prévenir l'insécurité économique devient un élément essentiel de la gestion de patrimoine, les priorités fiscales du Canada sont déviées de leur trajectoire.

Il est donc temps que les conseillers financiers conseillent directement le gouvernement fédéral.

Les finances d'Ottawa sont dans un déficit abyssal. Agent du budget parlementaire L'agence avertit que les déficits sont insoutenables, atteignant 68.5 milliards de dollars cette année, et que le ratio dette/PIB ne devrait plus diminuer. Paiements d'intérêts dépassera bientôt Toutes les autres dépenses fédérales, sauf une : la Sécurité de la vieillesse. L’ironie est frappante. La Sécurité de la vieillesse coûte 42 milliards de dollars de plus qu’il y a dix ans, contribuant davantage au déficit actuel que les soins dentaires, la garde d’enfants ou la défense – notamment parce qu’elle est très mal ciblée.

Face à cette réalité, tout conseiller financier honnête recommanderait à Ottawa de s'attaquer de front à ses dépenses les plus importantes. Comme le suggère Mme Bruinsma, cela commence par une réduction du programme de subventions pour les ménages à revenus élevés – par exemple, ceux qui gagnent plus de 100 000 $ (contre 182 000 $ pour les couples actuellement) – et peut-être aussi par la possibilité de prendre en compte le patrimoine net comme critère d'admissibilité.

J'ai déjà écrit sur cette première étape : abaisser le seuil de récupération des prestations sociales à 100 000 $ de revenu du ménage. Si cette mesure est annoncée dans le prochain budget et mise en œuvre progressivement, elle pourrait permettre d'économiser 7 milliards de dollars par an, soit suffisamment pour sortir les 400 000 retraités de la pauvreté. en ajoutant 5 000 $ pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté officiel, tout en en réduisant les coûts du logement, des frais de scolarité et de la garde d'enfants, tout en diminuant le déficit.

Le Premier ministre Le premier budget de Mark Carney permettra de vérifier si son gouvernement est prêt à réduire les dépenses superflues de SV pour faire place aux véritables priorités. Cela implique de tenir tête au lobby des retraités et au Bloc Québécois, qui demande des hausses de SV non ciblées Cela permettrait de gonfler les pensions de retraite à six chiffres, de laisser trop de personnes âgées dans la pauvreté et d'aggraver le déficit de plus de 3 milliards de dollars par an.

Réussir ce test permettrait à Ottawa de bénéficier du véritable lifting financier dont elle a besoin : mettre fin au gaspillage, concentrer la compassion là où elle est le plus nécessaire et refuser de laisser la politique canadienne être prise en otage par ceux qui en ont déjà assez.

 


Paul KershawPaul Kershaw, docteur en sciences politiques, est professeur à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Génération SqueezeGen Squeeze, la principale voix canadienne en matière d'équité intergénérationnelle. Vous pouvez suivre Gen Squeeze sur Bluesky, Facebook, Instagram et LinkedIn et Abonnez-vous au podcast « Paul's Hard Truths ».

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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