Globe & Mail : Il est temps de corriger l’indicateur d’inflation qui pénalise toute une génération d’acheteurs immobiliers.
Le plan canadien en matière de logement doit aller au-delà de la simple construction de nouveaux logements pour corriger un défaut qui alimente depuis longtemps le problème d'inabordabilité : la sous-estimation par Statistique Canada de l'inflation des prix du logement dans l'indice des prix à la consommation (IPC).
Initialement publié en Le Globe & Mail sur Octobre 31, 2025
Maintenant que la Banque du Canada a réduit les taux d'intérêt pour la neuvième fois depuis juin 2024Le plan canadien en matière de logement doit aller au-delà de la simple construction de nouveaux logements pour corriger un défaut qui alimente depuis longtemps le problème d'accessibilité au logement : la sous-estimation de l'inflation immobilière par Statistique Canada.
De nombreux jeunes Canadiens ont été exclus de l'accès à la propriété, en partie parce que Statistique Canada n'a pas donné l'alerte. alors que les prix ont commencé à s'envoler. Indice des prix à la consommation L’indice des prix à la consommation (IPC) influence notre compréhension de l’inflation et oriente les décisions de la Banque du Canada en matière de taux d’intérêt. Lorsque l’IPC est faible, la banque maintient les taux bas, ce qui facilite l’accès au crédit et permet d’acheter des maisons plus chères.
Si le système fonctionnait correctement, l'IPC signalerait la hausse des prix de l'immobilier suffisamment tôt pour que la banque centrale puisse relever ses taux avant que l'inflation ne se propage. Mais ce n'est pas le cas, en raison de la manière dont l'IPC mesure le « logement occupé ».
Au lieu de suivre la hausse des prix de l'immobilier, Statistique Canada surveille les dépenses des propriétaires actuels en entretien et en intérêts hypothécaires. Paradoxalement, lorsque les taux baissent, l'IPC indique une meilleure accessibilité au logement, car les propriétaires paient moins sur leurs prêts hypothécaires, même si les prix moyens augmentent.
Cela minimise le véritable fardeau des primo-accédants : le prix d’achat et le montant du prêt nécessaire pour accéder au marché. Il en a résulté des années de crédit à taux réduit qui ont contribué à une inflation plus rapide des prix de l’immobilier que des salaires, ce qui a fait payer le prix fort aux jeunes Canadiens.
Ottawa devrait saisir l’occasion de corriger ce dysfonctionnement dans le cadre de son plan de logement. De même que le gouvernement fédéral a récemment demandé à Statistique Canada d’ajouter des indicateurs de « qualité de vie » en complément de son analyse du PIB, il peut maintenant demander une mesure complémentaire de l’inflation du logement.
L’objectif n’est pas de modifier les données, mais de doter la Banque du Canada des outils adéquats à sa mission. Cela n’exige ni nouvelles dépenses ni bureaucratie supplémentaire – seulement une meilleure utilisation des données existantes, une réforme adaptée à une ère de rigueur budgétaire.
La conception de l'IPC n'est pas le fruit du hasard. Statistique Canada vise explicitement à « produire un IPC relativement stable », conciliant deux objectifs : l'indexation des prestations et des tranches d'imposition d'une part, et l'orientation de la politique monétaire d'autre part. La stabilité peut se justifier pour l'indexation de la Sécurité de la vieillesse ou des seuils d'imposition, où des variations soudaines perturberaient le système. Mais pour la politique monétaire – qui doit réagir rapidement aux fluctuations du coût de la vie – privilégier la stabilité au détriment de la précision est risqué.
Depuis 2000, le prix moyen des maisons a grimpé d'environ 319 %, selon mes calculs basés sur les données de l'Association canadienne de l'immobilier, tandis que l'IPC n'a augmenté que de 69 %. Pendant la majeure partie de cette période, d'après Statistique Canada, l'inflation est demeurée largement inférieure à la cible de 2 % de la Banque du Canada, ce qui a freiné les hausses de taux malgré l'envolée des prix de l'immobilier.
L’examen quinquennal du cadre de politique monétaire de la Banque du Canada est en cours, et Le gouverneur Tiff Macklem a souligné la nécessité d'évaluer comment l'inflation du logement est captéeAprès toutes les baisses de taux intervenues depuis mi-2024, les décideurs politiques doivent empêcher une nouvelle inflation du logement à mesure que les coûts d'emprunt diminuent.
Heureusement, Statistique Canada a déjà développé la solution. Dans une récente publication, il a été démontré que Statistique Canada avait déjà développé une solution pour les personnes atteintes de cancer. rapportL’agence a testé une « approche d’acquisition » qui suit l’inflation du logement telle que les jeunes acheteurs la vivent : en mesurant le coût réel d’acquisition d’une maison, y compris le terrain sur lequel elle est construite.
Les analystes de Statistique Canada ont conclu que cette méthode est « utile pour mesurer l’inflation des prix aux fins de la surveillance de la politique monétaire de la banque centrale, car [elle] englobe instantanément l’effet des hausses des prix des logements ».
Les graphiques de l'étude révèlent que l'utilisation de la méthode d'acquisition au cours des deux dernières décennies aurait montré que l'inflation dépassait l'objectif de 2 % de la Banque du Canada beaucoup plus souvent que ne l'a jamais fait la méthode actuelle basée sur l'IPC. Cette observation aurait pu inciter à des hausses de taux plus précoces et modérées, freinant ainsi la flambée qui a depuis lors accentué l'inaccessibilité au logement à travers le pays.
La solution est simple et pratiquement gratuite. Industrie Canada, qui supervise Statistique Canada, devrait demander à l’organisme de publier deux séries d’IPC : l’une, déjà existante, servant à indexer les prestations et les taux d’imposition, et l’autre, fondée sur l’approche par acquisition, pour orienter la politique monétaire. Ces données supplémentaires permettraient à la Banque du Canada d’avoir une vision plus claire de l’inflation du logement – une vision adaptée à son mandat, et non au besoin de stabilité de l’indexation du gouvernement.
Pour les jeunes Canadiens, les retombées seraient considérables. Rétablir le lien entre les données et les politiques publiques empêcherait l'IPC d'alimenter l'inflation qu'il est censé maîtriser. Ce serait une victoire capitale, qui réglerait un problème ayant causé tant de tort au cours des 25 dernières années et empêcherait qu'il ne se reproduise.
Paul Kershaw, docteur en sciences politiques, est professeur à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Génération SqueezeGen Squeeze, la principale voix canadienne en matière d'équité intergénérationnelle. Vous pouvez suivre Gen Squeeze sur Bluesky, Facebook, Instagramet LinkedInet Abonnez-vous au podcast « Paul's Hard Truths ».