Globe & Mail : Si l’amélioration de l’accessibilité financière empêche la construction de logements, c’est qu’il y a un problème.

Le marché immobilier canadien semble ne construire des logements que lorsque l'accès à la propriété devient moins abordable. Ce sont les jeunes Canadiens qui en font les frais.

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Paul Kershaw
/05 juillet 2026

Initialement publié en Le Globe & Mail sur Juin 27, 2026

Le Canada ne pourra pas rétablir l'accessibilité au logement sans d'abord stopper la hausse incessante des prix de l'immobilier.

Il aurait donc dû y avoir lieu de se réjouir lorsque les prix de l'immobilier ont commencé à évoluer dans la bonne direction. Au cours des trois dernières années, La valeur moyenne des logements a diminué après l'inflation., notamment en Colombie-Britannique et en Ontario, les marchés du logement les moins abordables du Canada.

Au contraire, cela semble avoir déclenché l'alarme.

Annonces récentes de Ottawa (Colombie-Britannique). et Ontario Les gouvernements craignent de plus en plus que même une légère baisse des prix de l'immobilier ne compromette le secteur de la construction. Les promoteurs affirment que les projets ne sont plus rentables. Les coûts de construction restent élevés et le financement coûteux. Les acheteurs n'ont pas les moyens d'acquérir les biens immobiliers nécessaires à la viabilité de nombreux projets.

La situation est profondément inquiétante : le Canada semble avoir bâti un marché du logement qui ne construit des maisons que lorsque l’accès à la propriété devient moins abordable. Les dommages collatéraux retombent sur les jeunes Canadiens, dont les espoirs d’obtenir des logements et des loyers abordables sont sacrifiés au profit de la préservation d’un modèle de production immobilière qui semble excessivement dépendant de la hausse des prix.

Ce n’est pas la première fois que l’on demande à de jeunes Canadiens de faire un tel sacrifice. Depuis des années, Les politiciens ont esquivé une question embarrassante.Faut-il privilégier la préservation des plus-values ​​immobilières pour les propriétaires actuels plutôt que de permettre aux jeunes Canadiens de revenir sur le marché ?

Plutôt que d'aborder de front cette tension intergénérationnelle, les gouvernements ont orienté le débat vers la mise en chantier de logements, la réforme du zonage et les objectifs d'offre. Ils ont évité d'affirmer que le rétablissement de l'abordabilité pourrait nécessiter une faible, voire aucune, hausse de la valeur des propriétés, demandant aux jeunes Canadiens de croire qu'une offre accrue aujourd'hui garantirait l'abordabilité demain.

De nombreux jeunes Canadiens ont accepté ce compromis de bonne foi. Ils ont accueilli favorablement la construction de plus d'appartements, une plus grande densité de population, des logements secondaires et la transformation des quartiers. Ils n'étaient pas la génération qui s'opposait aux nouveaux logements ; ils étaient la génération qui demandait à ce que les prix soient abordables.

Or, la donne semble changer. Alors même que les prix de l'immobilier commencent à se rattacher aux revenus, les gouvernements semblent de plus en plus préoccupés par autre chose : la viabilité même du secteur de la promotion immobilière.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement Carney et le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby Le gouvernement de la Colombie-Britannique a annoncé son intention de convertir plus de 2 200 appartements en copropriété vacants en logements abordables. Peu de détails ont été divulgués. Les autorités n'ont pas précisé la rémunération des promoteurs, la définition de l'abordabilité ni le montant du financement public.

Mais un Un plan similaire est prévu en Ontario. Ce projet offre un indice important. Il vise à convertir environ 2 200 unités de copropriété invendues en logements locatifs grâce à un financement provincial de 300 millions de dollars. Ensemble, les initiatives de l’Ontario et de la Colombie-Britannique convergent vers une même conclusion : les gouvernements s’inquiètent de plus en plus de l’impact de la baisse des prix et des stocks d’invendus sur la rentabilité du développement de logements commerciaux.

Cette préoccupation pour le développement du logement privé contraste avec les récentes décisions gouvernementales touchant le logement sans but lucratif. Le budget 2026 de la Colombie-Britannique a réduit le soutien au Fonds pour le logement communautaire, une source de financement importante pour les fournisseurs de logements non marchands. Association de logement à but non lucratif de la Colombie-Britannique Selon les estimations, cette décision réduira d'environ 2 000 le nombre de logements sociaux par an, soit presque autant que le nombre de copropriétés que les gouvernements envisagent d'acquérir.

La comparaison est difficile à ignorer. Les gouvernements semblent de plus en plus disposés à financer des immeubles en copropriété achevés dont les investisseurs ne veulent plus, tout en réduisant leur soutien aux organismes sans but lucratif qui construisent des logements abordables spécialement conçus à cet effet.

Face à ces priorités changeantes, les jeunes Canadiens sont en droit de se demander si l'accessibilité au logement n'est qu'un slogan. Si le logement n'a pas pu devenir plus abordable à cause des objections des propriétaires, et qu'il ne peut plus l'être à cause des objections des promoteurs, quand l'accessibilité au logement sera-t-elle enfin une réalité ?

Les gouvernements devraient se garder d'obliger les jeunes Canadiens à se poser cette question. Partout dans le monde, les jeunes électeurs perdent de plus en plus confiance dans les institutions qui semblent davantage soucieuses de protéger les richesses existantes que d'élargir leurs perspectives.

L'émergence de l'Inde Mouvement des cafards – qui a débuté comme une satire sur les réseaux sociaux après que le juge en chef de l'Inde a qualifié les chômeurs de « cafards » - donne la parole aux jeunes qui se sentent dénigrés par les institutions établies. En Grande-Bretagne, L'effondrement politique de Keir Starmer Cela reflète le sentiment que les partis traditionnels n'arrivent pas à améliorer les conditions matérielles, notamment la profonde frustration des jeunes générations qui luttent contre le coût du logement et la précarité économique.

Le Canada n'est pas à l'abri. La participation des jeunes électeurs a augmenté en 2025et les jeunes électeurs étaient plus susceptible de soutenir Les promesses de l'opposition officielle en matière d'accessibilité financière et de réforme économique.

Le renouvellement de la Stratégie nationale sur le logement du Canada en 2027 revêt donc une importance particulière pour le gouvernement Carney. Il doit enfin répondre à la question que les politiciens ont éludée pendant des années : le Canada doit-il souhaiter une hausse, une stagnation ou une baisse des prix de l’immobilier ?

Une stratégie de logement sans solution concrète n'est qu'un plan de construction. Et si la construction de logements ne peut commencer que lorsque les prix restent inabordables, les jeunes Canadiens ont toutes les raisons de douter que la construction à elle seule puisse un jour leur garantir l’abordabilité qu'ils méritent.

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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