Globe & Mail : Les milléniaux paient plus d’impôts pour la retraite des baby-boomers – et ce fardeau ne fera que s’alourdir.
Le Canadien moyen de 35 ans paie aujourd'hui de 20 % à 40 % de plus pour assurer une retraite confortable aux baby-boomers que ce que ces derniers payaient dans leur jeunesse pour soutenir les aînés à leur époque. Ce fardeau fiscal supplémentaire ne fera que s'alourdir dans les années à venir, Ottawa mettant en œuvre les hausses prévues pour la Sécurité de la vieillesse et le Transfert canadien en matière de santé.
Initialement publié en Le Globe & Mail sur Novembre 9, 2024
Les impôts sur le revenu payés par les milléniaux canadiens sont mis à rude épreuve par le vieillissement de la population. Un trentenaire type paie aujourd'hui de 20 % à 40 % de plus pour assurer une retraite confortable aux baby-boomers que ces derniers n'en payaient dans leur jeunesse pour subvenir aux besoins d'une population de aînés moins nombreuse.
Ce fardeau fiscal supplémentaire ne fera que s'alourdir dans les années à venir, à mesure qu'Ottawa mettra en œuvre les augmentations prévues pour la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Transfert canadien en matière de santé, et que les provinces augmenteront leurs dépenses médicales pour leurs populations vieillissantes.
Il est temps d’admettre que les plans du Canada en matière de vieillissement de la population contreviennent à la « règle d’or intergénérationnelle ». Comme l’a si bien écrit Michael Wolfson, ancien statisticien en chef adjoint de Statistique Canada : « Une génération, lorsqu’elle vieillit et devient fragile, ne devrait pas s’attendre à être mieux traitée par ses enfants qu’elle n’a traité la génération de ses parents à un âge avancé. »
Malheureusement, c'est exactement ce qu'on attend aujourd'hui de la génération X, des millennials et de la génération Z – car les gouvernements, il y a des décennies, n'ont pas suffisamment préparé la retraite des baby-boomers.
On peut estimer l’augmentation du fardeau fiscal des jeunes en examinant les impôts fédéraux et provinciaux sur le revenu dus par les personnes de 35 ans en 2022 (les données les plus récentes) par rapport à 1976. J’utilise la Base de données de simulation des politiques sociales de Statistique Canada pour calculer les impôts payés par des personnes ayant des revenus identiques aux deux époques, après ajustement pour l’inflation. (Voir résultats complets)
Les taux d'imposition sur le revenu sont généralement plus bas aujourd'hui qu'il y a un demi-siècle. En Ontario, un contribuable à revenu moyen gagnant 54 000 $ en 2022 a payé 15.2 % de ce revenu en impôts fédéraux et provinciaux ; en 1976, il payait 17.6 %, soit 1 260 $ de plus. Un contribuable à revenu élevé, gagnant 240 000 $, paie aujourd'hui 36.9 % d'impôt ; en 1976, il payait 38.1 %, soit 2 800 $ de plus. Des tendances similaires s'observent dans les autres provinces.
Malgré la baisse générale des taux d'imposition actuels, les milléniaux paient encore plus d'impôts sur le revenu pour financer les soins médicaux et les prestations de retraite des retraités que les jeunes baby-boomers n'en payaient pour financer les mêmes programmes destinés aux personnes âgées dans les années 1970.
Cela peut sembler paradoxal, mais la raison est simple : le pourcentage de la population canadienne âgée de plus de 65 ans est passé de 8 % en 1976 à 19 % aujourd’hui. Alors que 5 % des recettes publiques totales étaient consacrées aux soins médicaux des aînés en 1976, ce pourcentage a atteint 9.5 % en 2022. La part des recettes allouées aux services aux aînés a augmenté plus modestement, mais elle est tout de même passée de 5.4 % à 5.9 %.
Ces changements fiscaux révèlent qu'il y a un demi-siècle, « la main-d'œuvre allégeait le travail ». Dans les années 1970, grâce au baby-boom d'après-guerre, on comptait sept Canadiens en âge de travailler pour chaque retraité. Mais avec le départ à la retraite des baby-boomers, la part des résidents en âge de travailler contribuant au financement de ces programmes a également diminué. On n'en compte plus que trois par retraité. Avec moins de main-d'œuvre, le fardeau fiscal de chaque jeune s'alourdit.
En Ontario, les milléniaux à revenu moyen paient chaque année 276 $ de plus en impôt sur le revenu pour se constituer une retraite confortable que les baby-boomers ayant des revenus comparables en 1976 – une augmentation de 28 %. Un jeune Ontarien à revenu élevé paie quant à lui 4 124 $ de plus aujourd’hui – une hausse de 43 %. On observe des tendances similaires dans d’autres provinces. Et cette facture fiscale augmentera encore, le Canada approchant du pic du vieillissement de sa population dans les années à venir.
À l'inverse, la baisse générale des taux d'imposition permet à de nombreux baby-boomers retraités de contribuer moins au soutien de la génération de leurs enfants que ne le faisaient les parents des baby-boomers il y a un demi-siècle.
Ces deux tendances permettent d'expliquer pourquoi les frais de scolarité de premier cycle sont plus élevés qu'à l'époque où les baby-boomers étaient jeunes (après ajustement pour l'inflation), et Pourquoi les services de garde d'enfants et le logement ne reçoivent qu'une petite partie des nouvelles dépenses fédérales par rapport à la SV.
Pour remédier à ce problème, les gouvernements doivent parler franchement aux électeurs des compromis à faire entre trois options : modifier les impôts, réduire les prestations pour les baby-boomers aisés ou augmenter l’immigration pour renforcer la population en âge de travailler du Canada.
Un récent débat à Ottawa a révélé exactement le contraire. Bloc québécois augmentations proposées pour les personnes âgées riches et pauvres, et Ottawa a revu à la baisse ses objectifs en matière d'immigration. – et ce, sans mentionner les conséquences fiscales pour les trois jeunes Canadiens qui paient déjà plus pour chaque baby-boomer retraité.
Cela doit changer si le Canada se soucie tant soit peu de la solidarité intergénérationnelle.