Globe & Mail : Les provinces n’ont jusqu’à présent pas réussi à se préparer aux coûts médicaux des baby-boomers, mais il n’est pas trop tard.

Les soins médicaux représentent le poste de dépense le plus important dans tous les budgets provinciaux du Canada. La demande de soins médicaux continuera de croître à mesure que les baby-boomers vieilliront et entreront dans le système de santé. Les Canadiens et les gouvernements doivent s'attaquer à la cause profonde qui a longtemps été ignorée : les gouvernements provinciaux n'ont pas anticipé la hausse prévisible des coûts médicaux des baby-boomers.

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Paul Kershaw
/Le 27 juin 2025

Initialement publié en Le Globe & Mail sur Juin 20, 2025

Représentant le poste de dépense le plus important dans tous les budgets provinciaux, les soins médicaux pèsent lourd sur nos finances. Les Canadiens connaissent bien les longs délais d'attente et les conditions de travail stressantes dont souffrent les professionnels de la santé. Ces problèmes ne s'atténueront pas tant que nous n'aurons pas réglé une cause profonde longtemps ignorée : l'incapacité des gouvernements provinciaux à anticiper la hausse prévisible des coûts médicaux des baby-boomers.

Aucune mesure d'efficacité ne pourra empêcher les dépenses de santé de dépasser l'inflation et la croissance démographique dans les années à venir. La demande de soins médicaux continuera d'augmenter fortement à mesure que les baby-boomers vieilliront et entreront dans le système de santé. Une étude récente Étude de l'Institut CD Howe Les estimations indiquent que les taux d'imposition provinciaux devront augmenter de 16 % à 69 % au cours des quatre prochaines décennies pour rester compétitifs.

Les premiers ministres provinciaux devraient mettre sur pied un groupe de travail pancanadien chargé d’élaborer des plans de financement durables pour les soins de santé des baby-boomers. Ces plans devraient dépasser le simple constat d’une « pénurie de médecins » et s’attaquer à des problèmes structurels plus profonds.

Les données de l'Institut canadien d'information sur la santé montrent que nous avons aujourd'hui beaucoup plus de médecins par habitant que lorsque les baby-boomers étaient jeunes : 243 pour 100 000 aujourd'hui, contre 144 dans les années 1970. Le nombre de médecins de famille, en particulier, est passé de 73 à 120 pour 100 000.

Cette augmentation du nombre de médecins est cependant contrebalancée par deux forces : la demande croissante d'une population vieillissante et le sous-investissement chronique dans les conditions sociales qui permettent aux gens de rester en bonne santé.

Les Canadiens ont beaucoup plus recours aux services médicaux après 65 ans. En Ontario, un jeune de 20 à 24 ans dépense en moyenne 2 200 $ en soins médicaux par année. Une personne de 70 ans dépense environ cinq fois plus (10 300 $) et une personne de 90 ans, environ 15 fois plus (34 000 $). C’est pourquoi, malgré un nombre record de médecins, le système de santé canadien semble toujours débordé.

En 1976, l'âge médian en Ontario était de 29 ans ; aujourd'hui, il est de 40 ans. Si la province avait conservé ce profil d'âge, elle abriterait à peine la moitié de ses 2.95 millions d'habitants âgés de plus de 64 ans.

Pour estimer le coût de cette évolution démographique, j'ai ajusté la population actuelle de l'Ontario à sa structure par âge de 1976. Résultat : les dépenses annuelles en soins médicaux seraient aujourd'hui inférieures de 20.8 milliards de dollars, soit 23 %.

Cet écart permet d'expliquer pourquoi Les millennials paient de 20 % à 40 % de plus. Les impôts sur le revenu destinés à assurer une retraite confortable aux baby-boomers étaient supérieurs à ceux que les baby-boomers eux-mêmes ont versés pour soutenir les personnes âgées de leur époque.

Cela permet également d'expliquer pourquoi le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a déposé la décision. un déficit de près de 15 milliards de dollars cette annéeSi l’Ontario avait encore sa structure démographique des années 1970, le même budget pourrait afficher un excédent de 6 milliards de dollars.

Il ne s'agit pas simplement d'une note de bas de page actuarielle, mais d'un grave échec de la planification budgétaire. Ottawa a réformé le Régime de pensions du Canada En 1997, l'Ontario a augmenté les cotisations des baby-boomers pendant leur vie active. Aucune autre province n'a pris de mesure comparable pour les soins médicaux. Les 20.8 milliards de dollars de dépenses médicales ajoutés au budget actuel de l'Ontario constituent en réalité une facture impayée laissée par les gouvernements précédents aux contribuables d'aujourd'hui.

Chaque province est confrontée à la même responsabilité. Au cours des 45 prochaines années, Institut CD Howe Le vieillissement des bâtiments entraînera des coûts supplémentaires de 723 milliards de dollars pour le système de santé en Ontario seulement et de 2 000 milliards de dollars à l'échelle nationale.

Il n’est pas trop tard pour agir. Les provinces devraient mettre sur pied un groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais » afin d’élaborer des plans adéquats pour financer les soins médicaux des baby-boomers.

Cela implique d'affronter des vérités difficiles.

Nous devons nous interroger sur les soins médicaux que nous nous devons les uns aux autres, d'autant plus que notre capacité à traiter les maladies dépasse de plus en plus celle de nombreux autres. la volonté des électeurs de payer des impôts. Les recherches montrent qu'il y a plus de médecins par habitant peuvent faire grimper les coûts dans les systèmes de rémunération à l'acte, car les médecins sont financièrement incités à prescrire davantage d'interventions, notamment pour les patients âgés.

Il nous faut également corriger les incitations perverses en matière de recrutement. De nombreux médecins de famille maintenant je préfère les postes hospitaliersDans les régions où les salaires sont plus élevés, les gestionnaires hospitaliers privilégient souvent cette pratique pour réduire les coûts, car les médecins facturent directement le régime provincial d'assurance maladie, tandis que les infirmières sont payées par l'hôpital. Ce décalage entraîne une hausse des coûts et limite l'accès aux soins de médecine familiale dans la communauté.

Plus fondamentalement, il nous faut nous demander si les fonds alloués à la santé sont utilisés de manière à améliorer activement la santé. Les soins médicaux ne jouent qu'un rôle limité dans le bien-être général. Les recherches que je dirige montrent que les investissements Le logement, la garde d'enfants, la sécurité du revenu et un environnement sain contribuent davantage à promouvoir la santé. Pourtant, les budgets provinciaux ont progressivement détourné des fonds de ces secteurs vers les soins médicaux.

Le défi politique est clair : augmenter les impôts ou restreindre l’accès aux soins. Limiter cet accès risque de porter atteinte à la dignité des personnes malades et accélère la dérive vers un système de soins à deux vitesses qui privilégie la richesse personnelle au détriment de la couverture universelle.

Il existe une meilleure solution, fondée sur l'équité intergénérationnelle. Plutôt que de faire peser de manière disproportionnée les factures médicales des baby-boomers sur les jeunes Canadiens déjà aux prises avec le coût élevé du logement et la stagnation des salaires, les gouvernements devraient demander aux baby-boomers financièrement à l'abri de contribuer davantage aux soins dont leur génération aura besoin. De même qu'Ottawa a rééquilibré le Régime de pensions du Canada dans les années 1990, les provinces doivent maintenant moderniser leurs plans de financement des soins de santé afin de tenir compte des réalités démographiques actuelles.

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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