Globe & Mail : Les jeunes Canadiens sont de plus en plus malheureux. Les priorités gouvernementales expliquent pourquoi.

Les budgets gouvernementaux façonnent notre mode de vie et notre bien-être. Les conséquences des choix politiques du gouvernement se reflètent dans de nouvelles recherches sur le bonheur. Si les baby-boomers demeurent relativement satisfaits, le niveau de satisfaction de vie moyen des Canadiens de moins de 30 ans est en forte baisse.

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Paul Kershaw
/le 10 avril 2026

Initialement publié en Le Globe & Mail le 6 Mars 2026

Les budgets gouvernementaux façonnent notre mode de vie et notre bien-être. Pour constater les conséquences des choix politiques, il suffit de regarder comment les Canadiens évaluent aujourd'hui leur satisfaction de vie.

Pendant près de deux décennies, le Rapport mondial de bonheur a demandé à des personnes du monde entier d'évaluer leur bonheur sur une échelle de zéro à dix. Les derniers résultats concernant le Canada sont alarmants.

Les recherches menées par trois universitaires canadiens L’étude révèle que la satisfaction de vie moyenne des jeunes Canadiens (moins de 30 ans) a chuté de 7.6 à la fin des années 2000 à 6.4 ces dernières années. Ce déclin marqué, indiquent les auteurs, « place le Canada juste au-dessus du Venezuela, du Liban et de l’Afghanistan parmi les pays ayant connu la plus forte baisse ».

Et la situation empire. Le mois dernier, Le Rapport mondial sur le bonheur a publié de nouvelles données pour les personnes de moins de 25 ans. Le Canada occupe désormais le 72e rang mondial, derrière les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

Parallèlement, les baby-boomers restent relativement satisfaits. Les dernières données internationales disponibles pour les personnes âgées de 60 ans et plus, À partir de 2024 ansLes statistiques montrent que les Canadiens de ce groupe se classent au huitième rang sur 143 pays – 50 places plus haut que ceux de moins de 30 ans. Un tel écart devrait tirer la sonnette d'alarme dans toutes les assemblées législatives du pays.

Bon nombre des facteurs sous-jacents sont bien compris. Les jeunes Canadiens sont pris en étau entre des revenus plus faibles et des coûts de logement plus élevésLes Millennials et la Génération Z étudient plus longtemps et contractent davantage de dettes étudiantes, pour finalement se retrouver à la traîne par rapport à la Génération X, et surtout aux baby-boomers, au même âge.

Les gouvernements ont tardé à réagir : le NPD BC et Manitoba, les conservateurs dans Alberta  et Ontario, les libéraux dans Nouveau-Brunswick et OttawaAu-delà des clivages partisans, leur complaisance commune alimente la misère et prive les jeunes Canadiens de joie.

Au niveau fédéral, La Sécurité des personnes âgées est de loin le programme de dépenses fédérales le plus important., versant 18 000 $ par année à des couples retraités, dont plusieurs ont des revenus à six chiffres. En revanche, Ottawa considère réduction de la bourse d'études canadienne de 4 200 $ à 3 000 $ et réduction Les dépenses de logement réduites de moitié si la Stratégie nationale du logement n'est pas renouvelée.

À l'échelle provinciale, les soins médicaux représentent désormais la principale source de croissance budgétaire. entraîné par augmentations prévisibles de Cette utilisation par une population vieillissante entraîne une réduction des dépenses consacrées à la garde d'enfants, à l'enseignement primaire et secondaire, à l'enseignement supérieur, au logement, à l'emploi des jeunes et à la lutte contre les changements climatiques, tandis que les déficits se creusent.

Nous devons protéger les retraités et garantir l'accès aux soins aux personnes âgées. Je suis fier de ces réalisations canadiennes.

Mais ce qui manque, c'est la réciprocité.

Les gouvernements n'ont pas compensé la hausse des dépenses consacrées aux baby-boomers par de nouvelles recettes provenant de cette génération, ce qui laisse trop peu de ressources à investir dans le logement abordable, l'éducation, la formation et le soutien aux familles de leurs enfants.

Voici à quoi ressemble concrètement l’âgisme systémique envers les jeunes Canadiens : des décisions prises au sein du cabinet qu’aucun grand-parent ne prendrait en famille. La plupart des Canadiens âgés ne choisiraient pas un avenir où leur propre bonheur se ferait au détriment de leurs enfants et petits-enfants.

Cela n'a pas à être comme ça.

Au Canada, le contraste est frappant. Les auteurs du Rapport mondial sur le bonheur montrent que la baisse de la satisfaction à la vie parmi jeunes Québécois est environ deux fois moins élevée que celle de leurs homologues dans le reste du Canada. Les politiques mises en œuvre permettent d'expliquer ce phénomène.

Garde d'enfants abordable réduit la pression sur les jeunes familles. Frais de scolarité réduits limite l'endettement en début de vie. congé parental plus généreux Ces politiques favorisent la stabilité familiale et les liens sociaux. Conjuguées à des prix de l'immobilier inférieurs à ceux de la Colombie-Britannique et de l'Ontario, elles protègent les jeunes Québécois des pressions économiques qui nuisent à leur bien-être ailleurs.

Les choix du Québec peuvent être étendus à l'ensemble du Canada. Nous pouvons moderniser les programmes de retraite Ainsi, le soutien sera mieux ciblé. Nous pouvons augmenter les recettes fiscales des baby-boomers financièrement à l'aise afin de financer les soins médicaux dont nous savions depuis toujours qu'ils auraient besoin en vieillissant. Ces deux changements permettraient d'investir davantage dans des logements abordables pour les jeunes Canadiens, dans des programmes d'éducation qui ne les endettent pas et dans des revenus familiaux qui récompensent leurs efforts.

Il ne s'agit pas d'une proposition à la Robin des Bois – prendre à une génération pour donner à une autre. Les gouvernements ont déjà joué les shérifs de Nottingham, transférant des ressources des milléniaux et de la génération Z vers les baby-boomers. Le trentenaire type d'aujourd'hui… paie de 20 à 40 % de plus en impôts sur le revenu pour financer des retraites décentes que les baby-boomers au même âge.

Il s'agit de rétablir l'équilibre budgétaire pour que chaque génération puisse prospérer.

Si nous échouons, nous laisserons en héritage un pays où les gouvernements ont protégé le bonheur des baby-boomers tout en compromettant l'avenir de leurs enfants et petits-enfants.

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À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

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