Comment l’âgisme façonne l’avenir du Canada – et pourquoi nous avons besoin de changement
L’âgisme ne touche pas seulement les personnes âgées. Au Canada, nos choix en matière de politiques publiques recèlent souvent un préjugé inconscient à l’encontre des jeunes générations – les milléniaux et la génération Z – qui influence insidieusement leurs perspectives et leur bien-être.
Tout comme l’âgisme envers les aînés peut influencer les décisions dans les cliniques médicales, les milieux de travail et les collectivités, l’âgisme structurel envers les jeunes est profondément ancré dans la façon dont nous répartissons les ressources publiques. Il résulte rarement d’une discrimination délibérée. Il découle plutôt de l’inertie des politiques publiques – un défaut de mise à jour des systèmes gouvernementaux pour tenir compte des réalités sociales, économiques et environnementales actuelles. Puisque ce préjugé est enraciné dans nos institutions, nous avons besoin de solutions systémiques pour le corriger et bâtir un Canada qui traite équitablement toutes les générations.
Âgisme dans le logement
Depuis 1977, la hausse des prix de l'immobilier résidentiel a généré environ 1 500 milliards de dollars de richesse nouvelle, principalement au profit de propriétaires âgés ayant acquis leur logement il y a plusieurs décennies. Nombre d'entre eux prévoient désormais d'utiliser ce capital pour financer leur retraite. Les politiques canadiennes en matière de logement visent à protéger ces économies, alors même que les milléniaux et la génération Z sont confrontés à des loyers élevés et à des prêts hypothécaires importants, sans rapport avec leurs revenus. Cette situation fragilise la sécurité financière et le bien-être des jeunes générations.
L’âgisme dans les aides au revenu
Les aînés canadiens sont le groupe d'âge le moins susceptible de vivre dans la pauvreté, jouissent du plus grand patrimoine, sont moins exposés à l'insécurité alimentaire et sont les plus susceptibles d'être propriétaires de leur logement. Pourtant, les retraités reçoivent des prestations en espèces plus généreuses que les familles avec enfants. Les couples de retraités dont le revenu atteint 180 000 $ peuvent encore recevoir la totalité de la prestation de la Sécurité de la vieillesse de 18 000 $, tandis que l'Allocation canadienne pour enfants commence à diminuer dès 79 000 $ de revenu familial.
L’âgisme dans les budgets gouvernementaux
Au Canada, les gouvernements consacrent systématiquement plus de ressources aux aînés qu’aux jeunes, alors même que ces derniers sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté et de se trouver dans des logements inabordables. Ce déséquilibre remonte à plusieurs décennies, lorsque les gouvernements n’ont pas su anticiper la hausse des coûts des soins médicaux et des prestations de retraite liée au vieillissement de la population.
Aujourd’hui, avec moins de contribuables en âge de travailler par retraité, les budgets publics sont mis à rude épreuve :
- Les déficits se creusent, laissant le fardeau des factures impayées aux jeunes générations et aux générations futures.
- Les milléniaux paient déjà de 20 à 40 % de plus de leurs impôts sur le revenu pour assurer une retraite saine aux aînés canadiens que ne le faisaient les baby-boomers à leur époque.
- Les dépenses destinées aux jeunes Canadiens sont de plus en plus négligées, alors même que leur bien-être se détériore.
L’âgisme dans les politiques climatiques et la santé planétaire
Le changement climatique est peut-être l'injustice intergénérationnelle la plus profonde. Les scientifiques ont identifié neuf « limites planétaires » que nous ne pouvons franchir sans déstabiliser les systèmes de maintien de la vie sur Terre. Nous en avons déjà franchi six et nous sommes en passe d'en dépasser deux autres.
Ce sont les jeunes qui subissent de plein fouet ces risques et ces coûts, et les recherches montrent que cela a de graves répercussions sur leur santé mentale. Nombre d'entre eux se sentent trahis par la lenteur des mesures prises, sachant qu'ils risquent de perdre ce que les générations précédentes considéraient comme acquis : des étés sans fumée d'incendies de forêt, des hivers enneigés, suffisamment de pluie pour cultiver la terre et un air pur à respirer.
La ligne de fond: Si nous voulons un Canada qui fonctionne pour toutes les générations, nous devons éradiquer l'âgisme structurel, rééquilibrer les priorités publiques et protéger notre héritage fiscal et planétaire.