Injustice intergénérationnelle dans les finances publiques canadiennes
Comme de nombreux pays, le Canada connaît un vieillissement de sa population. Si nous avons le devoir d’assurer à nos parents et grands-parents une retraite digne, saine et financièrement stable, nous avons également le devoir de veiller à ce que leurs enfants et petits-enfants puissent s’épanouir. Mais comment les gouvernements ont-ils adapté leurs budgets pour assumer ces deux responsabilités ?
Ces résultats sont inquiétants. Ces données révèlent que les gouvernements canadiens ne se sont pas engagés en faveur de la justice intergénérationnelle dans leurs décisions budgétaires au cours des quatre dernières décennies : les générations plus âgées ont été privilégiées, tandis que les jeunes Canadiens ont été de plus en plus laissés pour compte.
Il existe un risque sérieux que les prochains budgets fédéraux et provinciaux aggravent le problème. Tous les paliers de gouvernement sont plus susceptibles de négliger les inégalités intergénérationnelles si nous ne fournissons pas de données à nos élus.
Il est essentiel que les gouvernements établissent des budgets pour tous les âges et rendent compte des tendances en matière de recettes et de dépenses. C’est pourquoi nous avons élaboré cette méthodologie, validée par des pairs, que les gouvernements peuvent adapter à leurs propres besoins budgétaires et de production de rapports. Nous la partageons directement avec les gouvernements fédéral et provinciaux et offrons notre expertise pour aider leurs ministères des Finances à la mettre en œuvre.
Points clés à retenir
- Les gouvernements provinciaux et fédéral peuvent surveiller et rendre compte régulièrement de l'évolution de la répartition des actifs en fonction de l'âge dans les finances publiques. Ils devraient donc s'atteler à cette tâche.
- En 2016, les gouvernements ont perçu 11 milliards de dollars de plus en impôts qu'en 1976, mais ont dépensé 38 milliards de dollars supplémentaires en soins médicaux pour les Canadiens de 65 ans et plus, ce qui a engendré un déficit de 27 milliards de dollars. Ce manque à gagner a été comblé par une réduction des dépenses d'environ 18 milliards de dollars dans les programmes destinés aux jeunes Canadiens et par l'augmentation de la dette publique.
- Si l'on analyse les dépenses par personne, on constate que les investissements publics ont progressé plus rapidement pour les personnes âgées de 65 ans et plus. Depuis 1976, les dépenses annuelles par personne pour les seniors ont augmenté 4.2 fois plus vite que pour les moins de 45 ans.
- Les dépenses sociales destinées aux jeunes Canadiens n'ont pas suivi le rythme de la croissance économique. Depuis 1976, les dépenses par personne de 65 ans et plus ont augmenté de 6 % plus vite que l'économie. À l'inverse, les dépenses par personne de moins de 45 ans ont progressé de 29 % moins vite que l'économie, soit 1,052 45 $ de moins par personne. Cela représente 21.3 milliards de dollars de dépenses annuelles en moins si l'on multiplie ce montant par le nombre total de personnes de moins de 45 ans – une somme suffisante pour financer, par exemple, deux fois un programme universel de services de garde d'enfants de qualité, ou pour augmenter de près de 50 % le budget de l'enseignement postsecondaire.
- Les jeunes adultes devraient payer de 22 à 62 % de plus d'impôts pour les soins médicaux et la sécurité des personnes âgées pour la population vieillissante d'aujourd'hui, par rapport aux impôts payés pour les soins médicaux par cette même population lorsqu'ils étaient jeunes.
- Les jeunes Canadiens héritent désormais d'une dette publique plus importante. La dette publique est passée de 15 000 $ par personne de moins de 45 ans en 1976 à plus de 44 000 $ aujourd'hui. Les aînés d'aujourd'hui ont réduit leur empreinte écologique à un rythme trois fois inférieur à celui auquel les jeunes adultes doivent le faire compte tenu des risques liés aux changements climatiques.
- Il pourrait être judicieux d'accorder la priorité à des augmentations plus importantes des dépenses pour les retraités et de demander une contribution fiscale plus élevée aux jeunes Canadiens d'aujourd'hui pour financer ces programmes, si ces derniers disposaient d'une plus grande capacité contributive qu'au début de leur vie adulte. Or, les données révèlent que la population vieillissante actuelle a une capacité contributive supérieure à celle des générations précédentes et suivantes. Les aînés d'aujourd'hui jouissent en moyenne d'une plus grande prospérité que les Canadiens âgés d'il y a quarante ans. Ils connaissent des taux de pauvreté plus faibles, des revenus médians plus élevés et possèdent un patrimoine immobilier plus important. De plus, les aînés canadiens d'aujourd'hui ont généralement bénéficié de conditions socioéconomiques plus favorables en 1976 que les jeunes Canadiens d'aujourd'hui. Leurs revenus médians étaient plus élevés, ce qui leur permettait de mieux subvenir à leurs besoins lorsqu'il s'agissait de payer un loyer, d'épargner pour une mise de fonds et de rembourser un prêt hypothécaire.
Comment utiliser ce rapport :
- Partagez ce rapport avec vos élus : s’ils comprennent le problème, ils seront plus enclins à le résoudre.
- Partagez ce rapport avec vos amis : s’ils comprennent le problème, ils seront plus enclins à voter aux élections, à s’impliquer dans le débat et à dialoguer avec leurs pairs.
- Partagez ce rapport avec les membres les plus âgés de votre famille : car eux aussi croient en l’équité et veulent toujours votre bien.
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