Alberta
Résumé
- Une nouvelle analyse de l'Université de Colombie-Britannique montre que le vieillissement de la population est la principale cause du déficit actuel de l'Alberta.
- Les coûts médicaux liés au vieillissement de la génération du baby-boom atteignent désormais 6 milliard de dollars par an.
- Si l’Alberta avait encore la même structure d’âge qu’en 1976, lorsque les baby-boomers étaient jeunes, le budget de 2025 transformerait un déficit de 5.2 milliards de dollars en un excédent de 761 millions de dollars, sans modifier aucune politique de dépenses ou de recettes.
- En bref : le déficit actuel de l’Alberta reflète une lacune structurelle laissée par les gouvernements précédents qui n’ont pas adapté les revenus des soins médicaux au vieillissement de la population – contrairement à la clairvoyance d’Ottawa qui a adapté le RPC aux revenus de retraite.
- Les jeunes Albertains consacrent aujourd'hui de 20 à 40 % de plus de leurs impôts sur le revenu aux soins médicaux et aux prestations des aînés que ne le faisaient les baby-boomers au même âge. La politique fiscale actuelle oblige donc les milléniaux et la génération Z à subventionner la retraite de leurs proches vieillissants, alors même qu'ils doivent faire face à des coûts de logement beaucoup plus élevés et à une plus grande précarité financière que les générations précédentes.
Recommandation
L’Alberta devrait mettre sur pied un groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais » afin d’élaborer un plan de financement équitable pour les soins de santé, adapté aux générations futures. Sans une approche modernisée du financement de la santé, la province s’exposera à des déficits plus importants, à des listes d’attente plus longues et à un sous-investissement persistant dans d’autres priorités. Tout nouveau système de financement doit protéger les aînés vulnérables, stabiliser les finances provinciales et alléger le fardeau des jeunes générations dont le bien-être se détériore.
Preuves clés
Les dépenses médicales augmentent fortement avec l'âge : environ 3 000 $ par personne de moins de 50 ans, environ 10 000 $ à 70 ans et près de 37 000 $ à 90 ans. Chaque Albertain âgé de 65 ans et plus représente environ quatre patients de moins de 50 ans en termes de demande médicale.
Ce ratio nous permet d'estimer l'impact du vieillissement de la population sur les dépenses médicales provinciales, indépendamment de la croissance démographique globale.
En 1976, l'Alberta comptait 1.9 million d'habitants, dont seulement 7 % avaient plus de 65 ans. Cette structure par âge se traduisait par une demande de soins médicaux équivalente à celle de 2.4 millions de personnes de moins de 50 ans. Les baby-boomers ont donc grandi dans une province plus jeune, où les besoins en soins médicaux étaient corrélativement moindres.
En 2024, la population de l'Alberta avait atteint 4.8 millions d'habitants. Si la structure par âge était restée la même qu'en 1976, la province aurait compté l'équivalent de 6.4 millions de patients de moins de 50 ans, soit une augmentation de 162 % de la demande médicale, proportionnelle à la croissance démographique.
Cependant, 15 % des Albertains ont maintenant plus de 65 ans, ce qui fait que la demande médicale réelle est bien plus élevée : l’équivalent de 8.1 millions de personnes de moins de 50 ans. Cela représente une augmentation globale de 233 %, le vieillissement à lui seul ajoutant l’équivalent de 1.8 million de patients plus jeunes et d’âge moyen, en plus de la croissance démographique.
L’application de ce cadre d’analyse des « équivalents moins de 50 ans » à la population de l’Alberta nous permet d’estimer l’empreinte budgétaire du vieillissement.
Si l’Alberta comptait encore seulement 7 % de sa population âgée de 65 ans et plus – et non 15 % –, son plan de dépenses en soins médicaux pour 2025 s’élèverait à 24.5 milliards de dollars, au lieu des 30.5 milliards de dollars prévus dans le budget de 2025.
Sans ces dépenses supplémentaires liées au vieillissement, qui s'élèvent à près de 6 milliards de dollars, le déficit prévu de 5.2 milliards de dollars de l'Alberta se transformerait en un excédent de 761 millions de dollars.
Cela laisse entendre que le déficit de l'Alberta est structurel. Il y a plusieurs décennies, les gouvernements successifs avaient compris que le vieillissement de la population entraînerait une hausse des coûts médicaux, mais n'ont pas modernisé les systèmes de revenus pour suivre le rythme – contrairement aux réformes du Régime de pensions du Canada (RPC) du gouvernement fédéral dans les années 1990, qui anticipaient le recours accru aux prestations de retraite publiques par les baby-boomers.