Le déficit du Nouveau-Brunswick reflète bien plus que de simples turbulences économiques.
La principale cause du déficit budgétaire du Nouveau-Brunswick en 2026 n'est ni l'incertitude économique mondiale, ni l'incertitude liée à la conjoncture économique mondiale. C'est plutôt l'incapacité à prévoir des revenus suffisants pour financer les dépenses liées au vieillissement de la population.
Le déficit du Nouveau-Brunswick s'élève à 1.4 milliard de dollars. souvent expliqué En termes plus familiers : incertitude économique mondiale, tensions commerciales avec les États-Unis et répercussions d’une économie post-pandémique fragile.
Ces facteurs offrent des explications commodes. Mais ils masquent une raison principale des difficultés financières de la province : son incapacité à prévoir des recettes suffisantes pour faire face au vieillissement de sa population.
Depuis des décennies, les gouvernements savent que la génération du baby-boom prendrait sa retraite, augmentant ainsi la demande de soins médicaux et faisant grimper les dépenses publiques. Ce n'était pas une surprise. Les données de Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) Les études montrent de façon constante que les Canadiens de plus de 65 ans ont recours à environ quatre fois plus de soins médicaux que ceux de moins de 50 ans. Avec le vieillissement de la population, les coûts augmentent en conséquence — et c'est prévisible.
À la fin des années 1990, Ottawa a anticipé les répercussions financières du vieillissement de la population sur le Régime de pensions du Canada et a agi en conséquence, en augmentant les cotisations de 68 %. Ces cotisations plus élevées — versées en partie par les baby-boomers pendant leurs années de travail — ont contribué à constituer une réserve permettant au RPC de demeurer viable alors qu’ils perçoivent maintenant leurs prestations, en grande partie préfinancées.
Le Nouveau-Brunswick (et d'autres provinces) n'ont procédé à aucun ajustement comparable en matière de soins médicaux.
Au lieu de se préparer à l'augmentation prévisible des coûts médicaux liée au vieillissement de la population, les gouvernements ont laissé les pressions sur les dépenses croître sans aucun ajustement correspondant des recettes — et ont de plus en plus recours aux déficits pour masquer le problème.
Le résultat est désormais visible dans les budgets provinciaux de tout le pays, y compris celui du Nouveau-Brunswick.
Si sa population ressemblait encore à ce qu'elle était lorsque les baby-boomers étaient jeunes — avec seulement 9 % de résidents âgés de plus de 65 ans en 1976, contre 23 % aujourd'hui — La province dépenserait ainsi environ 31 % de moins en soins médicaux.
Ce simple changement démographique transformerait le déficit prévu de 1.4 milliard de dollars du Nouveau-Brunswick en un modeste excédent de 100 millions de dollars.
Le véritable problème n'est pas l'existence de cette pression budgétaire, mais le fait que les gouvernements n'aient pas su adapter leurs systèmes de recettes et leurs priorités de dépenses, alors même qu'ils savaient qu'elle allait se produire. Il en résulte une facture impayée croissante léguée aux jeunes générations, ainsi qu'un sous-investissement dans les priorités qui comptent le plus pour les Millennials, la génération Z et leurs enfants.
Ce contexte est essentiel pour comprendre les choix de dépenses du dernier budget du Nouveau-Brunswick.
Cette année, la province augmente ses dépenses médicales de 710 millions de dollars. Selon les données de l’ICIS sur les dépenses de santé par âge, environ 60 % (soit 425 millions de dollars) de cette augmentation seront alloués aux personnes âgées de 65 ans et plus.
Cela représente près de quatre fois l'augmentation totale pour l'éducation K-12 et le développement de la petite enfance combinés (119 millions de dollars), et près de 20 fois le financement supplémentaire pour l'enseignement postsecondaire (22 millions de dollars).
Ce schéma discriminatoire envers les personnes âgées se répète dans le budget consacré au développement social. Les dépenses pour les aînés et les soins de longue durée devraient augmenter de 162 millions de dollars, tandis que celles pour la protection de l'enfance et les services à la jeunesse augmenteront de 39 millions de dollars, soit environ un quart de cette hausse.

Il n'est pas surprenant que les besoins en soins médicaux augmentent avec l'âge. C'est une réussite, fruit de l'allongement de l'espérance de vie et des progrès de la médecine.
Mais cette réalité soulève une question plus difficile, que nous avons trop longtemps évitée : comment financer les soins médicaux dont nous savions depuis toujours que les baby-boomers auraient besoin, tout en veillant à ce que les coûts soient équitablement répartis entre les générations en fonction de leur utilisation du système ?
Répondre à cette question est essentiel pour maintenir des soins de haute qualité pour les personnes âgées canadiennes. et Investir suffisamment dans les fondements d'une société saine pour les jeunes générations : des services de garde d'enfants abordables, une éducation de qualité, des logements sûrs, des revenus suffisants et un environnement sain.
Une prochaine étape raisonnable est à la fois modeste et essentielle. Le gouvernement provincial devrait lancer un Groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais » Afin d'examiner comment moderniser les systèmes de recettes face au vieillissement de la population, nous réunissons des experts financiers, des responsables de la santé et le public. Car si nous continuons d'imputer les déficits actuels aux turbulences économiques conjoncturelles, nous passons à côté du problème de fond : les coûts médicaux prévisibles liés au vieillissement de la génération des baby-boomers. Nous retardons ainsi la mise en œuvre des solutions dont nous avons besoin depuis longtemps.