Tout nouvel investissement dans les aéroports régionaux devrait s'accompagner d'un plan visant à éliminer le carburant d'aviation au plomb.
Les familles subissent déjà suffisamment de pressions financières sans avoir à subventionner en plus le vol de loisirs et la formation au pilotage en acceptant les risques sanitaires liés à l'essence au plomb, interdite dans les voitures depuis des décennies.
Le Premier ministre a annoncé cette semaine un plan visant à attirer des investissements privés dans l'exploitation des quatre plus grands aéroports du Canada, les recettes étant destinées à soutenir les infrastructures de transport ailleurs, en commençant par les aéroports régionaux.
Alors qu’Ottawa envisage d’investir davantage dans les aéroports régionaux, les Canadiens doivent savoir que plusieurs d’entre eux dépendent encore fortement des petits avions à moteur à pistons qui consomment de l’essence aviation au plomb. Le Canada a retiré le plomb de l’essence automobile en 1990 en raison des risques bien documentés pour la santé associés à l’exposition au plomb, en particulier chez les enfants . Pourtant, l’essence aviation demeure l’un des derniers carburants de transport au Canada à contenir encore du plomb.
Les familles canadiennes subissent déjà suffisamment de pressions financières sans qu'on leur demande en plus de subventionner les vols de loisirs et la formation au pilotage en acceptant les risques sanitaires associés à un carburant qui a été retiré des voitures et des autobus il y a des décennies. Si Ottawa prévoit investir dans le développement des aéroports régionaux, elle devrait également s'engager à éliminer le carburant d'aviation au plomb d'ici 2030, conformément à l'échéancier adopté par la Federal Aviation Administration (FAA) américaine . Il n'y a aucune raison de continuer à exposer les enfants à des émissions toxiques de plomb à proximité de leurs cours, terrains de jeux et terrains de sport.
Il devient de plus en plus urgent d'agir, car l'activité dans de nombreux aéroports régionaux est en hausse. Prenons l'exemple de l'aéroport Pitt Meadows, dans la région métropolitaine de Vancouver, où je réside. Selon les données de Statistique Canada , le nombre annuel de mouvements d'aéronefs a dépassé 208 000 en 2025, soit environ le double du niveau enregistré dix ans auparavant. Concrètement, cette croissance se traduit par un mouvement d'aéronef supplémentaire toutes les quelques minutes tout au long de la journée, ce qui augmente le volume d'émissions de plomb rejetées dans les quartiers environnants.
L'aéroport de Pitt Meadows a enregistré 17 906 décollages et atterrissages pour le seul mois de juin 2026 (dernières données disponibles). Ce chiffre est comparable à l'activité aérienne mensuelle des aéroports internationaux de Calgary et de Montréal, et supérieur aux totaux enregistrés à Edmonton, Regina, Winnipeg et Halifax. La différence réside dans le fait que ces aéroports sont principalement desservis par des avions de ligne qui fonctionnent au carburant sans plomb, tandis que l'activité de Pitt Meadows est majoritairement assurée par de petits avions à moteur à pistons qui continuent de consommer de l'essence aviation plombée.
Dans un rayon d'environ huit kilomètres autour de l'aéroport de Pitt Meadows, des milliers d'enfants fréquentent huit écoles différentes. On y trouve également de nombreuses garderies, des parcs, des aires de jeux, des terrains de sport et des espaces de loisirs utilisés quotidiennement par les familles.
Pitt Meadows n'est pas un cas isolé. Statistique Canada enregistre l'activité aérienne dans plus de 70 aéroports régionaux à travers le pays, dont plusieurs sont des centres de vol récréatif et de formation au pilotage qui dépendent fortement des petits avions à moteur à pistons.
Les problèmes de santé ne sont pas théoriques.
Des recherches menées aux alentours de l'aéroport Reid-Hillview en Californie ont révélé que les enfants vivant à proximité immédiate de l'aéroport présentaient des taux de plomb dans le sang nettement plus élevés, en particulier pendant les périodes d'activité intense des avions à pistons et dans les zones sous le vent des opérations aériennes.
Par la suite, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a publié en 2023 une « Constatation de danger » , concluant officiellement que les émissions de plomb des avions à moteur à pistons menaçaient la santé publique. En vertu de la loi américaine sur la qualité de l'air (Clean Air Act), cette constatation a imposé aux autorités fédérales l'obligation légale d'élaborer des normes pour éliminer progressivement le carburant d'aviation au plomb d'ici la fin de la décennie.
En revanche, Transports Canada n'a pas précisé si le Canada prévoit éliminer l'essence d'aviation au plomb selon un calendrier similaire. Dans notre contexte actuel de fierté nationale exacerbée, il est inacceptable que nous soyons à la traîne par rapport à nos voisins américains sur ce point.
Interdire l'essence au plomb ne remet pas en cause les aéroports régionaux. Ces derniers créent des emplois qui permettent aux familles de subvenir à leurs besoins. Ils génèrent des recettes fiscales et d'importants bénéfices économiques pour les municipalités qui en sont souvent propriétaires. Ils contribuent à la formation des pilotes, facilitent les interventions d'urgence et améliorent la connectivité des transports. La question est de savoir si leur développement futur doit dépendre d'un carburant banni des transports courants il y a des décennies en raison de ses conséquences sur la santé.
Des solutions de rechange existent bel et bien. La décision américaine d'éliminer progressivement le carburant d'aviation au plomb démontre que les organismes de réglementation, les aéroports, les exploitants d'aéronefs et les fournisseurs de carburant estiment que la transition est réalisable. Des technologies de formation au pilotage d'avions électriques émergent également au Canada, notamment grâce à des entreprises comme Sealand Flight à Campbell River, en Colombie-Britannique.
Si Ottawa entend consacrer de nouvelles ressources aux aéroports régionaux, elle devrait veiller à ce que ces investissements soutiennent le système aéronautique de l'avenir plutôt que de perpétuer une dangereuse exemption environnementale héritée du passé.
Les Canadiens ne devraient pas financer l'aviation de loisirs et la formation au pilotage au détriment de la santé de leurs enfants. Nous avons éliminé le plomb du carburant des voitures, camions et autobus qui transportent nos enfants chaque jour. Alors que le Canada investit dans la prochaine génération d'infrastructures aéronautiques régionales, demandons au ministre fédéral des Transports d'établir un échéancier clair pour éliminer également le plomb de l'air qui les survole.