Le déficit de la Nouvelle-Écosse n'est pas uniquement dû à la guerre commerciale de Donald Trump.
Le budget 2026 de la Nouvelle-Écosse a suscité une vive opposition de la population. Les manifestations ont contraint le gouvernement à rétablir des dizaines de millions de dollars de financement pour certains programmes communautaires. Le déficit ne se limite pas à la guerre commerciale de Donald Trump ; il témoigne d’une incapacité, qui dure depuis des décennies, à générer les revenus nécessaires aux besoins d’une population vieillissante.
Le budget 2026 de la Nouvelle-Écosse a suscité une vive opposition de la population. Les manifestations ont contraint le gouvernement à rétablir des dizaines de millions de dollars de financement pour certains programmes communautaires. Cette réaction a eu de l'importance. Mais elle a aussi occulté un problème plus important.
Le déficit de 1.24 milliard de dollars de la Nouvelle-Écosse ne se résume pas aux seules répercussions de la guerre commerciale de Donald Trump., malgré ce que le Premier ministre a laissé entendre lors de la présentation du budget.
Ce déficit reflète fondamentalement un défi que les gouvernements anticipaient depuis des décennies : la hausse du coût des soins médicaux liée au vieillissement de la génération du baby-boom.
En 1976, seulement 10 % des Néo-Écossais avaient 65 ans ou plus. En 2025, cette proportion avait grimpé à 22 %.
Si la province conservait la même structure démographique qu'il y a 50 ans, elle dépenserait 29 % de moins en soins médicaux – soit environ 1.98 milliard de dollars de moins – sans modifier le budget actuel. Cette mesure suffirait à combler le déficit et à dégager un excédent d'environ 730 millions de dollars.
Ce n'est pas une information nouvelle. Le vieillissement de la population est l'un des facteurs les plus prévisibles qui influencent les finances publiques. Les données de Institut canadien d'information sur la santé L’ICIS (Institut canadien de recherche sur l’amélioration des soins de santé) montre que les Canadiens de plus de 65 ans ont recours à environ quatre fois plus de soins médicaux que ceux de moins de 50 ans. À mesure que leur part dans la population augmente, les coûts publics des soins médicaux augmentent également.
Ottawa a anticipé les pressions démographiques à la fin des années 1990 en renforçant le Régime de pensions du Canada et en augmentant les cotisations de 68 % afin de préfinancer cette importante prestation de retraite. Les provinces n’ont pas fait de même pour les soins de santé. Au contraire, elles ont laissé les coûts augmenter et ont eu de plus en plus recours aux déficits, à l’endettement et aux arbitrages budgétaires.
Cette tendance est désormais indéniable dans le budget 2026 de la Nouvelle-Écosse.
Les dépenses médicales devraient augmenter de 738 millions de dollars cette année. Près des deux tiers de cette hausse, soit 465 millions de dollars, sont liés aux soins des personnes âgées de 65 ans et plus. Les aînés et les soins de longue durée bénéficieront quant à eux de 111 millions de dollars.
Au total, les nouvelles dépenses liées aux populations âgées avoisinent les 600 millions de dollars. C'est le principal enjeu budgétaire de ce rapport.
Tout le reste est beaucoup plus petit. L'augmentation combinée des fonds alloués à l'enseignement primaire et secondaire et à la garde d'enfants s'élève à 116 millions de dollars, soit environ un cinquième du montant total. Le logement reçoit 75 millions de dollars, soit à peine un huitième.
Alors que les dépenses liées aux aînés de la Nouvelle-Écosse augmentent de plus d'un demi-milliard de dollars, celles consacrées à l'éducation postsecondaire sont réduites de près de 190 millions de dollars.
Le budget du ministère du Développement social prévoit des augmentations pour les aides aux personnes handicapées (41 millions de dollars) et l'aide au revenu (65 millions de dollars). En revanche, les fonds alloués au bien-être de l'enfant et de la famille diminuent de 4 millions de dollars.

L’incapacité à générer les revenus nécessaires pour financer l’évolution démographique prévisible ne se contente pas de freiner les investissements dans les jeunes Canadiens. La pression s’accentue avec le temps. Dans le budget de 2026, cela se traduit par une hausse de près de 122 millions de dollars des coûts du service de la dette – soit plus que l’augmentation combinée des dépenses liées aux services de garde d’enfants, à l’enseignement primaire et secondaire et à l’enseignement postsecondaire.
Il est important de le souligner : le vieillissement de la population est une bonne nouvelle. L’allongement de l’espérance de vie témoigne de réels progrès. Le problème n’est pas que les aînés de la Nouvelle-Écosse aient besoin de plus de soins, mais plutôt que les gouvernements n’aient pas pris les mesures nécessaires pour que les coûts soient équitablement répartis entre les générations, comme l’a fait Ottawa en renforçant le Régime de pensions du Canada.
Cet échec influence désormais les choix de tous les autres.
Lorsque des centaines de millions de dollars de nouvelles dépenses sont absorbés par les soins médicaux destinés à une population vieillissante, il reste moins d'argent pour les fondements du bien-être : l'éducation, le logement, le développement de l'enfant et les opportunités pour les jeunes travailleurs.
C’est pourquoi ce budget s’inscrit dans une tendance désormais visible partout au Canada. Il est hostile aux enfants, aux parents et aux jeunes travailleurs.
Le tollé général qui a suivi ce budget s'est concentré sur des coupes budgétaires précises – et a permis d'en annuler certaines. Mais il n'a pas permis de s'attaquer au problème de fond : un écart croissant entre les dépenses publiques consacrées aux populations vieillissantes et les investissements dans les jeunes générations. Cet écart témoigne d'un âgisme systémique à l'encontre des jeunes, inscrit dans les fondements mêmes du plan budgétaire provincial.
Tant que cela ne changera pas, la Nouvelle-Écosse — comme toutes les provinces — sera confrontée à la même question non résolue : comment financer les soins médicaux dont nous savions depuis toujours que les baby-boomers auraient besoin, tout en protégeant un investissement adéquat dans les jeunes et la cote de crédit de la province ?
On ne peut répondre à cette question en évoquant les guerres commerciales ou les pressions économiques à court terme.
Une prochaine étape concrète consisterait à mettre sur pied un groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais » afin d’examiner comment la Nouvelle-Écosse peut moderniser son système de revenus face au vieillissement de sa population. Réunissant des experts en finances, des responsables de la santé et des citoyens, un tel processus permettrait enfin de s’attaquer à la question qui a été trop longtemps reportée : comment financer – mieux vaut tard que jamais – les coûts liés aux soins des baby-boomers dont l’arrivée était prévisible ?