Analyse du budget de l'Ontario pour 2026
Un scénario familier se répète partout au Canada. Les provinces invoquent l'incertitude mondiale, les tensions commerciales et les difficultés économiques pour expliquer la hausse des déficits. Ces défis sont bien réels, mais les détails du budget 2026 de l'Ontario révèlent une tout autre réalité.
Un scénario familier se répète partout au Canada. Les provinces invoquent l’incertitude mondiale, les tensions commerciales et les difficultés économiques pour expliquer la hausse des déficits et la surcharge des services publics.
Ces défis sont bien réels, mais les détails du budget 2026 de l'Ontario racontent une tout autre histoire — une histoire qui se répète dans d'autres juridictions à travers le pays.
L’Ontario n’a pas su se préparer adéquatement aux coûts prévisibles du vieillissement de la population.
Le déficit provincial important de l'Ontario n'est pas principalement dû aux récentes turbulences économiques. C’est la conséquence prévisible d’un échec politique qui s’est construit sur des décennies : ne pas s’être préparé à l’augmentation des coûts médicaux liée au vieillissement de la population.
Voici la manière la plus claire de le constater dans le dernier budget présenté par le gouvernement Ford.
Si la population de l'Ontario ressemblait encore à ce qu'elle était lorsque les baby-boomers étaient jeunes — avec seulement 9 % de résidents âgés de plus de 65 ans en 1976, contre 19 % aujourd'hui —, la province dépenserait 26 milliards de dollars de moins en soins médicaux.
Pourquoi ? Parce que les données provenant de Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) Les études montrent systématiquement que les Canadiens de plus de 65 ans ont recours à environ quatre fois plus de soins médicaux que ceux de moins de 50 ans. Avec le vieillissement de la population, les coûts augmentent en conséquence.
Ce seul changement démographique transformerait le déficit prévu de 12.3 milliards de dollars de l'Ontario en un excédent de 13.8 milliards de dollars, sans modifier aucun autre poste budgétaire.
Ce même schéma se vérifie dans tout le pays, pour tous les principaux partis politiques.
En Colombie-Britannique, le David Eby Le gouvernement néo-démocrate a enregistré un déficit de 9.6 milliards de dollars en 2025. Si la province avait encore le même profil d'âge que lorsque les baby-boomers étaient jeunes — environ 10 % de personnes âgées de plus de 65 ans au lieu d'environ 20 % aujourd'hui — 8.5 milliards de dollars de ce déficit disparaîtraient..
En Alberta, Danielle SmithLe gouvernement conservateur du Canada dépenserait plus de 6 milliards de dollars de moins en soins médicaux cette année si seulement 7 % des résidents avaient plus de 65 ans, comme en 1976, au lieu de 15 % aujourd'hui. Cette différence à elle seule permettrait de réaliser des économies considérables. éliminer environ les deux tiers du déficit de l'Alberta.
Et au Nouveau-Brunswick, sous un premier ministre libéral Susan HoltL'histoire est la même. Si la province avait encore la même répartition par âge qu'au milieu des années 1970, elle serait dépenser environ 31 % de moins en soins médicauxSans rien changer d'autre, ce changement transformerait son déficit de 1.4 milliard de dollars en un modeste excédent de 100 millions de dollars.
Le véritable problème n'est pas l'existence de cette pression budgétaire, mais le fait que les gouvernements n'aient pas su adapter leurs systèmes de recettes et leurs priorités de dépenses, alors même que le calendrier et l'ampleur du vieillissement de la population étaient parfaitement prévisibles.
Alors que les provinces laissent les coûts des soins médicaux s'accumuler, les déficits sont de plus en plus souvent utilisés pour combler le manque à gagner. Il en résulte une facture impayée croissante laissée aux jeunes générations, ainsi qu'un sous-investissement dans les priorités qui comptent le plus pour les milléniaux, la génération Z et leurs enfants.
L'Ontario protège les investissements dans les services qui comptent le plus pour les aînés, tout en laissant les dépenses diminuer pour les autres groupes d'âge.

Le contexte décrit ci-dessus est essentiel pour comprendre les choix de dépenses du dernier budget de l'Ontario.
D’ici 2028-29, les dépenses annuelles en soins médicaux en Ontario augmenteront de 8.9 milliards de dollars. Les données de l’ICIS sur les dépenses de santé par âge révèlent qu’environ 7.3 milliards de dollars de cette augmentation seront consacrés aux personnes de plus de 65 ans.
Parallèlement, les investissements dans les fondements d'une société saine pour les jeunes Ontariens sont largement insuffisants. L'éducation de la maternelle à la 12e année augmentera d'un milliard de dollars. L'éducation postsecondaire subira une réduction de 1.3 milliard de dollars. Les services à l'enfance et les services sociaux resteront quasiment inchangés, avec une augmentation de seulement 200 millions de dollars.
Lorsque ces importantes décisions de dépenses sont ventilées par âge, le budget de l'Ontario pour 2026 ajoute environ 2 200 $ par personne âgée de 65 ans et plus, comparativement à environ 100 $ par personne de moins de 45 ans.

Aucun grand-parent que je connaisse ne choisirait de dépenser vingt fois plus pour lui-même que pour ses enfants et petits-enfants. Alors pourquoi le gouvernement de l'Ontario le fait-il ?
Je ne comprends pas comment Premier Doug FordLe gouvernement justifie l'ajout de 7.3 milliards de dollars aux soins médicaux des baby-boomers tout en réduisant le soutien à l'éducation postsecondaire de leurs petits-enfants.
Il ne s'agit pas de blâmer les Ontariens âgés. Personne ne devrait s'étonner que les besoins en soins médicaux augmentent avec l'âge. C'est une réussite, fruit de l'allongement de l'espérance de vie et des progrès de la médecine.
Mais l’Ontario (et d’autres provinces) n’ont pas encore abordé sérieusement la question difficile que soulève ce succès : comment financer les soins dont nous savions depuis toujours que les baby-boomers auraient besoin ? La réponse se trouve dans la façon dont nous avons déjà relevé ce défi – et l’avons géré différemment.
Un nouveau débat sur les revenus – mieux vaut tard que jamais
À la fin des années 1990, Ottawa a anticipé les répercussions financières du vieillissement de la population sur le Régime de pensions du Canada et a agi en conséquence, en augmentant les cotisations d'environ 68 %. Ces cotisations plus élevées — versées en partie par les baby-boomers pendant leurs années de travail — ont contribué à constituer une réserve permettant au RPC de demeurer viable alors qu'ils perçoivent maintenant leurs prestations, en grande partie préfinancées.
Les provinces n'ont procédé à aucun ajustement comparable en matière de soins médicaux.
Au lieu de se préparer à l'augmentation des coûts médicaux qui, comme nous le savions, accompagnerait le vieillissement des baby-boomers, les gouvernements provinciaux de l'Ontario et d'ailleurs ont laissé les dépenses augmenter. sans Tout changement correspondant dans la collecte des recettes a été dissimulé, et le problème a ensuite été masqué par le recours aux déficits.
Ce qui nous amène aux choix qui sont faits actuellement.
Alors que l’Ontario continue d’accroître ses dépenses de santé pour répondre aux besoins des baby-boomers, il est impératif de trouver des solutions politiquement acceptables pour inciter cette génération à contribuer suffisamment aux impôts afin de couvrir les coûts, sans pour autant laisser la facture aux jeunes Canadiens. Ce n’est qu’à cette seule condition que l’Ontario sera moins susceptible de privilégier les augmentations de dépenses pour les aînés au détriment des conditions qui permettent à leurs enfants et petits-enfants de bâtir une vie stable et saine.
Pour le dire plus crûment : à moins de corriger ce déséquilibre, l’Ontario et les autres provinces continueront d’organiser leurs budgets de manière à désavantager les enfants, les parents et les jeunes travailleurs.
Le budget du logement de l'Ontario pour 2026 souligne ce problème.
Le ministère des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario devra faire face à une réduction de 345 millions de dollars l’an prochain, alors même que le logement demeure le principal défi en matière d’accessibilité financière pour les jeunes Ontariens.
Certains pourraient arguer que cette réduction est compensée par la décision, prise pour un an, de supprimer la TVH sur les logements neufs, une mesure visant à stimuler la construction d'environ 8 000 unités supplémentaires. Toutefois, à un coût de 2.2 milliards de dollars, cela représente un manque à gagner d'environ 275 000 $ en recettes publiques par logement supplémentaire.
À l'heure où plus de 8 000 jeunes locataires peinent à se loger, même modestement, il est légitime de se demander s'il s'agit là de l'utilisation la plus efficace de fonds publics limités.
Si nous optons pour cette approche, d'autres questions se posent. Pourquoi l'investissement global dans le logement est-il si faible comparé à l'augmentation prévue des dépenses médicales pour les retraités ? Pourquoi une aide directe aux locataires n'est-elle pas également envisagée ?
Ce sont là les compromis que le budget de l'Ontario évite largement d'affronter.
Partout au Canada, les décisions budgétaires des gouvernements provinciaux révèlent une tendance plus profonde. Ces gouvernements laissent les coûts croissants liés au vieillissement de la population évincer les investissements dans les jeunes générations, tout en comptant sur les déficits pour compenser ces coûts.
Il ne s’agit pas d’un problème partisan, mais d’un problème structurel, désormais commun à toutes les provinces et à tous les partis politiques. Ce problème comporte un risque fondamental : le pacte intergénérationnel canadien en matière de politiques publiques est en train de s’effriter.
Pour y remédier, nous devons être honnêtes quant à la dure réalité qui est à l'origine des difficultés budgétaires — l'incapacité à générer suffisamment de recettes pour financer les soins médicaux des baby-boomers — et ensuite faire les choix politiques difficiles que les gouvernements précédents ont évités.
Le vrai problème n'est pas que le vieillissement de la population coûte cher, mais que nous savions qu'il le coûterait et que nous n'avons pas anticipé la situation.