Budget 2026 du Québec : La hausse des dépenses médicales étouffe les investissements dans les fondements de la santé

Le budget 2026 du Québec révèle un défi structurel croissant que les gouvernements ont évité pendant des décennies : l’incapacité à préparer les systèmes de revenus aux coûts médicaux prévisibles liés au vieillissement de la population.

Photo de profil pour 4295
Paul Kershaw
/14 mai 2026

Mieux vaut prévenir que guérir : comment la hausse des dépenses médicales compromet les fondements d'une société saine

Le budget 2026 du Québec révèle un défi structurel croissant que les gouvernements ont évité pendant des décennies : le fait de ne pas préparer les systèmes de revenus aux coûts médicaux prévisibles du vieillissement de la population empêche les investissements dans les fondements d'une société saine, en particulier pour les jeunes générations.

Il est désormais impossible d'ignorer les calculs.

En 1976, alors que les baby-boomers étaient jeunes, seulement 8 % des Québécois avaient plus de 65 ans. Aujourd’hui, ce chiffre a presque triplé pour atteindre 22 %. Parallèlement, le nombre de Québécois en âge de travailler qui soutiennent chaque aîné a chuté de plus de 8 à moins de 3. Parmi les provinces à forte population, aucune autre n’a connu un vieillissement aussi marqué que le Québec.

Cette transformation démographique est importante car les coûts médicaux augmentent fortement avec l'âge. Les données proviennent de Institut canadien d'information sur la santé Les données montrent que les Canadiens de moins de 50 ans dépensent en moyenne environ 3 000 $ par année en soins médicaux financés par l’État, tandis que ces coûts dépassent 10 000 $ dès le début de la soixantaine et augmentent considérablement par la suite. En moyenne, les Canadiens de plus de 65 ans consomment environ quatre fois plus de soins médicaux que ceux de moins de 50 ans. Avec le vieillissement de la population, les coûts augmentent en conséquence, et ce, de façon prévisible.

Pour évaluer l'impact budgétaire du vieillissement de la population, une étude récente, «Les budgets médicaux dans un Canada vieillissantLa loi a introduit le cadre « Équivalent à moins de 50 ans » (E<50), qui distingue la demande médicale supplémentaire liée à la simple croissance démographique et les pressions additionnelles engendrées par le vieillissement de la population. Selon ce critère, la croissance démographique du Québec depuis 1976 a ajouté environ 2.7 millions d’habitants. Toutefois, le vieillissement de la population, en plus de cette croissance, a engendré une demande médicale équivalente à celle de 5.5 millions de patients supplémentaires de moins de 50 ans qui font la queue pour obtenir des soins dans le système de santé québécois.

Les conséquences fiscales sont énormes.

Si la structure démographique du Québec était restée la même qu'en 1976, la province dépenserait aujourd'hui environ un tiers de moins en soins de santé — soit entre 18 et 23 milliards de dollars par année — sans modifier aucune politique de dépenses ni de recettes. Au lieu d'afficher un déficit prévu de 8.6 milliards de dollars en 2026, le Québec dégagerait un excédent de plus de 10 milliards de dollars.

Les personnes âgées ne sont pas responsables de leur vieillissement ni de leurs besoins accrus en soins. Au contraire, une vie plus longue est une chose à célébrer.

Le problème, c'est que les gouvernements provinciaux ont eu des décennies pour préparer leurs systèmes de revenus à ces pressions démographiques prévisibles — et qu'ils ont largement échoué à le faire.

Ottawa a agi En ce qui concerne le Régime de pensions du Canada, dans les années 1990, le gouvernement fédéral a augmenté les prestations du RPC de plus de 60 % afin d'inciter les baby-boomers à cotiser davantage pour leur retraite. 

Mais les provinces n'ont jamais modernisé le financement des soins médicaux de la même manière.

Les résultats sont visibles de deux façons dans le budget 2026 du Québec.

Premièrement, ce budget s'écarte du principe selon lequel mieux vaut prévenir que guérir. Sciences de la santé Les études sur le lien entre les dépenses publiques et le bien-être de la population se sont longtemps intéressées à ce sujet. Il en ressort de manière constante que les sociétés améliorent l'espérance de vie et réduisent les maladies, les blessures et les décès prématurés évitables lorsque les gouvernements investissent plus rapidement dans les services sociaux et éducatifs que dans les soins de santé.

La logique est simple. Les cliniques et les hôpitaux doivent être considérés comme le dernier recours pour une société saine, et non comme le premier. Les premiers pas vers une bonne santé se trouvent dans les quartiers, les écoles, les structures d'accueil de la petite enfance, les emplois décents et les logements sûrs. Attendre que les gens soient malades pour investir, c'est comme arriver avec des tuyaux d'arrosage alors que l'incendie fait déjà rage ; les investissements sociaux et éducatifs permettent d'éviter que les étincelles ne se propagent.

Cette observation est souvent saisie à travers le « ratio des dépenses sociales aux dépenses médicales », Ce ratio compare les investissements publics dans les composantes essentielles de la santé – comme la garde d'enfants, l'éducation, le logement et les aides au revenu – aux dépenses consacrées aux cliniques et aux hôpitaux. Il sert de référence aux gouvernements pour investir dans la santé de manière globale, car lorsque les gouvernements investissent davantage dans les fondements sociaux de la santé que dans les seuls traitements médicaux, les populations ont tendance à se porter mieux.

Le Québec avait autrefois établi son budget en fonction de ces sciences de la santéAux alentours de 1980, la province consacrait environ 53 % de plus aux programmes sociaux et éducatifs qu’aux soins médicaux. En 2019, avant la pandémie, cette tendance s’était inversée : le Québec investissait alors environ 22 % de moins dans les programmes sociaux et éducatifs que dans les soins médicaux.

Le budget 2026 Cette tendance se poursuit. Les dépenses en soins de santé augmenteront de 2.7 milliards de dollars au cours de la prochaine année, passant de 66 milliards de dollars en 2025 à 68.7 milliards de dollars en 2026. En revanche, les augmentations combinées pour les services de garde d’enfants, l’enseignement primaire et secondaire, l’enseignement postsecondaire et le logement totalisent moins d’un milliard de dollars. Alors que les coûts médicaux liés au vieillissement absorbent une part croissante des ressources provinciales, le Québec risque de s’éloigner davantage de l’équilibre des dépenses que les sciences de la santé associent à des populations en meilleure santé et à une diminution des pressions sur le système de santé.

Ce premier problème en appelle un second : une trajectoire budgétaire qui risque de devenir défavorable aux enfants, aux parents et aux jeunes travailleurs, car elle accroît beaucoup plus urgemment les investissements dans les soins médicaux aux personnes âgées que dans les conditions sociales et économiques qui soutiennent les jeunes générations plus tôt dans leur vie.

Sur les 2.7 milliards de dollars d'augmentation des dépenses en soins médicaux, environ 1.53 milliard de dollars — soit 56 % — sont liés aux soins des 22 % de résidents âgés de 65 ans et plus.

En revanche, les dépenses pour :

  • Les dépenses liées à l'enseignement primaire et secondaire augmentent de 559 millions de dollars.
  • Les frais de garde d'enfants augmentent de 170 millions de dollars.
  • Les dépenses liées à l'enseignement postsecondaire augmentent de 414 millions de dollars.
  • Le marché du logement a chuté de près de 160 millions de dollars.

Le constat est sans appel : alors que les dépenses médicales liées au vieillissement absorbent une part croissante des recettes issues de la croissance économique, les investissements qui améliorent la santé dès le plus jeune âge peinent à suivre le rythme.

Les conséquences sont graves pour les jeunes générations. Les Millennials et la Génération Z sont déjà confrontés à une croissance des revenus plus faible, à des coûts de logement plus élevés, à une formation familiale plus tardive et à une satisfaction de vie en baisse par rapport aux générations précédentes. Pourtant, on leur demande aussi de prendre en charge les responsabilités. Des charges fiscales plus importantes pour financer les dépenses liées au vieillissement que les gouvernements n'ont pas su préparer il y a des décennies.

Rien de tout cela ne signifie que les gouvernements devraient abandonner l'accès universel aux soins médicaux, ni étendre le système de santé à deux vitesses.

Cela soulève plutôt une question difficile — une question que le Québec, comme d'autres provinces, a trop longtemps évitée : comment financer les soins médicaux dont nous savions depuis toujours que les baby-boomers auraient besoin, tout en veillant à ce que les coûts soient répartis équitablement entre les générations et mieux adaptés à l'utilisation du système ?

Répondre à cette question est essentiel pour garantir des soins médicaux de qualité aux personnes âgées.

Les Québécois et de préserver des investissements adéquats dans les fondements d'une société saine pour les jeunes générations : des services de garde d'enfants abordables, une éducation de qualité, des logements sûrs, des revenus suffisants et un environnement sain.

Une prochaine étape raisonnable est à la fois modeste et attendue depuis longtemps — surtout au Québec, où le vieillissement de la population a été plus marqué que dans presque toutes les autres provinces.

Le Québec devrait lancer un Groupe de travail « Mieux vaut tard que jamais » examiner comment moderniser les systèmes de revenus provinciaux à la lumière du vieillissement de la population — en réunissant des experts fiscaux, des responsables de la santé et le public pour répondre à une question reportée depuis des décennies : comment financer, mieux vaut tard que jamais, les soins médicaux supplémentaires que nous savions inévitables en raison du vieillissement de la population ?

Car lorsque les gouvernements persistent à imputer les déficits principalement aux turbulences économiques conjoncturelles provoquées par les droits de douane américains et les conflits internationaux, ils passent à côté du défi structurel plus profond et à plus long terme auquel nous sommes confrontés : les coûts médicaux prévisibles liés au vieillissement de la population. Et lorsque nous diagnostiquons mal le problème, nous retardons les solutions nécessaires pour garantir l’accès universel aux soins, financer équitablement ces soins pour toutes les générations et protéger les investissements dans les politiques et les programmes qui contribuent à la santé et au bien-être bien avant que les individus n’aient recours aux services hospitaliers ou cliniques.

Photo de profil pour 4295
À propos de Paul Kershaw
Paul Kershaw, professeur titulaire primé à l'Université de la Colombie-Britannique et fondateur de Generation Squeeze, est un conférencier et collaborateur régulier des médias. Il tient notamment une chronique bimensuelle dans le Globe & Mail.

Obtenir les mises à jour

En cliquant sur « S’inscrire », vous consentez à recevoir des mises à jour périodiques de Generation Squeeze par courriel, SMS et/ou téléphone. vous désabonner Vous pouvez aussi envoyer STOP par SMS à tout moment. Des frais de messagerie et de données peuvent s'appliquer. Lisez notre politique de confidentialité.

Rechercher

Derniers Articles