Le « mythe » de la pénurie de médecins
Un nouveau rapport du Generation Squeeze Lab de l'Université de la Colombie-Britannique remet en question l'un des discours les plus répandus sur les soins de santé au Canada : celui selon lequel les longs délais d'attente seraient le résultat d'une « pénurie de médecins ».
L’offre de médecins a dépassé la croissance démographique et la demande ajustée en fonction de l’âge, mais l’accès aux soins médicaux reste difficile parce que les gouvernements ont mis à jour les revenus du Régime de pensions du Canada pour les baby-boomers vieillissants, mais n’ont jamais modernisé le financement des soins médicaux.
A nouveau rapport Une étude du Generation Squeeze Lab de l'UBC remet en question l'un des discours les plus répandus sur les soins de santé au Canada : celui selon lequel les longs délais d'attente seraient le résultat d'une « pénurie de médecins ».
Les données montrent que la réalité est plus complexe.* Le Canada compte aujourd'hui près de trois fois plus de médecins qu'il n'en comptait dans les années 1970. 195 pourcentage d'augmentation dépasse de loin la croissance démographique (76 pour cent) et l'augmentation de la demande médicale ajustée en fonction de l'âge (135 pour cent).

*Le nombre de médecins a été mis à jour à l’aide des données de l’ICIS publiées après la finalisation de l’étude.
L'offre de médecins a augmenté plus vite que la demande de soins, et pourtant l'accès aux soins semble s'être dégradé. Le problème ne réside pas dans le nombre de médecins, mais dans la forte hausse de la demande due au vieillissement de la population, conjuguée au fait que les gouvernements n'ont pas perçu suffisamment de recettes auprès des baby-boomers lorsqu'ils étaient plus jeunes. Ce sous-financement pénalise désormais les investissements dans la prévention et permet à des gouvernements comme celui de l'Alberta de justifier l'expansion du secteur privé par des pénuries de médecins.
Si les Canadiens doivent encore attendre pour consulter un médecin de famille ou un spécialiste malgré le fait que le nombre de médecins ait presque triplé, le véritable problème n'est pas l'offre, mais le discours erroné qui nous maintient focalisés sur la « pénurie de médecins » au lieu des réformes structurelles dont nous avons réellement besoin. Il est également temps de reconnaître que ce discours conforte opportunément les efforts des groupes de pression du secteur médical pour obtenir des augmentations de salaire.
Pourquoi davantage de médecins n'ont-ils pas résolu les problèmes d'accès aux soins médicaux ?
Le vieillissement des baby-boomers engendre une demande disproportionnée
Les retraités consomment environ quatre fois plus de soins médicaux que les adultes de moins de 50 ans. Avec l'arrivée de millions de baby-boomers dans des tranches d'âge à forte demande, le nombre effectif de patients a augmenté de façon spectaculaire, bien que beaucoup moins rapidement que le nombre de médecins.
Les médecins travaillent moins d'heures aujourd'hui
Le nombre de médecins a fortement augmenté, mais le nombre total d'heures travaillées par les médecins a progressé plus lentement, car ils travaillent aujourd'hui moins d'heures par semaine et par année que dans les années 1970. Certaines études suggèrent que les incitatifs liés à la rémunération à l'acte encouragent l'atteinte de « revenus cibles », ce qui peut réduire les heures cliniques une fois ces objectifs atteints. Cela explique en partie pourquoi le Québec expérimente actuellement des mesures visant à inciter les médecins à voir davantage de patients – une réponse qui tient compte de la diminution du nombre d'heures travaillées par les médecins, mais qui ne s'attaque pas aux problèmes plus profonds de revenus et de prévention qui alimentent la demande globale.
Les incitations perverses en matière de dotation en personnel affaiblissent les soins primaires
Les postes hospitaliers mieux rémunérés attirent les médecins loin de la médecine familiale communautaire, tandis que les hôpitaux préfèrent les médecins (qui facturent les régimes provinciaux) aux infirmières (payées sur les budgets hospitaliers).
Les gouvernements sous-investissent dans les conditions qui favorisent la santé
Des décennies de recherche en santé publique démontrent que le logement, le revenu, la garde d'enfants, l'éducation et la qualité de l'environnement ont une incidence plus importante sur la santé à long terme que les soins médicaux. Pourtant, les provinces consacrent aujourd'hui beaucoup plus de ressources aux soins médicaux qu'à ces éléments fondamentaux d'une société saine – soit l'inverse de leurs priorités des années 1970.
Imaginez un concert où les organisateurs triplent le nombre de guichets, mais où chaque guichet est ouvert moins longtemps qu'avant. C'est la situation du système de santé canadien. On a augmenté le nombre de médecins plus vite que la demande, ajustée en fonction de l'âge, mais les médecins ne travaillent plus autant d'heures qu'avant. Et comme les gouvernements n'ont pas investi dans la prévention des maladies, les files d'attente ne cessent de s'allonger.
Que doit-il se passer ensuite
Le général Squeeze appelle les gouvernements à :
- Analyser les calculs démographiques à l'origine de la demande médicale croissante
- Moderniser les systèmes de recettes afin que les baby-boomers financièrement à l'aise contribuent suffisamment à leurs dépenses prévisibles liées au vieillissement, plutôt que de laisser des factures impayées à ceux qui suivront.
- Améliorer les mesures incitatives en matière de dotation en personnel dans l'ensemble du personnel de santé
- Réinvestir dans les fondements sociaux et écologiques de la santé
Accéder au rapport complet : Budgets médicaux dans un Canada vieillissant : pourquoi la protection de l'accès universel exige dès maintenant une réforme des recettes équitable pour toutes les générations
