Analyse du budget fédéral 2025 : à qui demande-t-on de faire des sacrifices ?
Le budget 2025 élude une dure réalité : ni le Premier ministre qui l’a présenté, ni le chef de l’opposition qui le critique, n’ont eu le courage de demander aux retraités financièrement à l’abri de participer équitablement à cet effort national de sacrifice.
À l'approche du budget d'hier, le premier ministre Mark Carney nous a répété à maintes reprises que le Canada se trouvait à un tournant décisif et que nous devrions faire des sacrifices pour le bien commun.
chef de l'opposition Pierre Polyièvre On nous a également fait remarquer à juste titre que les jeunes Canadiens font déjà une grande partie de ces sacrifices – en payant des loyers records et des prêts hypothécaires exorbitants dans un contexte de perspectives d’emploi sombres – afin que de nombreux propriétaires plus âgés puissent continuer à compter sur la valeur gonflée de leurs propriétés pour financer leur retraite.
Pourtant, le budget 2025 élude une dure réalité : ni le Premier ministre qui l’a présenté, ni le chef de l’opposition qui le critique, n’ont eu le courage de demander aux retraités financièrement à l’abri de participer équitablement à cet effort national de sacrifice.
L'ambition de M. Carney de devenir le principal artisan de la reconstruction nationale restera hors de portée tant que ces tensions ne seront pas apaisées. Visionnez notre podcast spécial budget, enregistré à la Galerie de la presse nationale à Ottawa, pour en savoir plus grâce à Paul Kershaw, fondateur de Gen Squeeze.
Le budget 2025 ne remet pas en cause l'âgisme à l'origine du déficit canadien.
Peu de chiffres étaient aussi attendus et âprement disputés que les projections du déficit du budget 2025, les prévisions allant de 65 milliards de dollars à plus de 100 milliards de dollars – une perspective financière que le directeur parlementaire du budget a qualifiée de «insoutenable. »
Les chiffres sont désormais tombés. Le déficit du Canada devrait s'établir à 78.3 milliards de dollars cette année et rester à 56.6 milliards de dollars d'ici 2029. Ce sont des factures impayées colossales que nous laissons à nos enfants et aux générations futures.
Le principal poste de pression concerne la Sécurité de la vieillesse (SV). Ce programme a absorbé plus de nouvelles dépenses que tout autre au cours de la dernière décennie et en absorbera encore davantage dans les années à venir. La SV a coûté 76 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre 104 milliards de dollars d'ici 2029. Cette augmentation de 28 milliards de dollars pèse lourdement sur tous les autres postes budgétaires.
En comparaison, les nouveaux investissements dans le logement n'augmentent que de 1.6 milliard de dollars sur la même période, en attendant le renouvellement de la Stratégie nationale sur le logement. Les services de garde d'enfants reçoivent 2.9 milliards de dollars, l'enseignement postsecondaire 1.9 milliard, l'emploi des jeunes moins d'un milliard et les incitations fiscales aux entreprises 3.2 milliards. Même un renforcement des capacités de défense de 15 milliards de dollars ne peut rivaliser avec la croissance fulgurante de la SV.

Assurer une retraite confortable à nos aînés est un devoir. Mais l'ampleur de ce déséquilibre budgétaire n'est pas qu'un simple problème comptable : c'est aussi un problème moral.
Ottawa continue d'exiger des sacrifices des jeunes familles et des familles à revenu moyen bien avant ceux des retraités aisés. On réduit l'Allocation canadienne pour enfants pour les ménages dont le revenu dépasse 81 000 $, mais on maintient le versement de la Subvention sociale jusqu'à 182 000 $ par couple. On demande aux parents à revenu moyen d'élever des enfants de se serrer la ceinture, tandis que les couples retraités aux revenus à six chiffres continuent de percevoir des subventions de 18 000 $.
Il ne s'agit pas d'un sacrifice partagé. Il s'agit d'une discrimination structurelle fondée sur l'âgisme envers les jeunes, inscrite dans la politique fiscale.

Le déséquilibre budgétaire du budget 2025 a commencé il y a une génération.
Dans l' Au milieu des années 1990, le gouvernement Chrétien a averti que la population canadienne allait vieillir fortement. — le ratio de personnes en âge de travailler par personne âgée s'étant effondré, passant de sept dans les années 1970 à seulement trois aujourd'hui.
À son crédit, Ottawa a agi avec détermination dans un domaine : elle a augmenté les cotisations au Régime de pensions du Canada de près de 70 %Cette réforme exigeait de la génération du baby-boom qu'elle cotise à l'avance suffisamment pour couvrir les prestations qu'elle recevrait plus tard.
Malheureusement, la prévoyance responsable s'est arrêtée là. Les prestations sociales et les soins médicaux sont restés inchangés, sans aucun plan de préfinancement des coûts liés au vieillissement de la population. Et comme prévu, ces coûts absorbent désormais les ressources budgétaires nécessaires aux investissements qui permettraient aux jeunes Canadiens et aux travailleurs de se loger, de fonder une famille et d'accroître leur productivité. En bref, Ottawa a veillé à ce que les fortes augmentations des dépenses du Régime de pensions du Canada soient viables, mais n'a rien fait pour générer les revenus nécessaires au financement d'augmentations tout aussi importantes des subventions aux prestations sociales.

Les dirigeants politiques ont reconnu ce problème. Lorsque le parti de Pierre Poilievre était au pouvoir pour la dernière fois, il avait averti que d'ici le début des années 2030 « Le nombre de personnes bénéficiant de la pension de retraite doublera, le coût triplera et le nombre de contribuables finançant chaque retraité diminuera de moitié. »
Le Premier ministre Carney a repris cet avertissement dans son livre, Nos valeurs« Les systèmes de protection sociale conçus et appréciés par les générations précédentes se révéleront, en l’absence de réforme, inabordables pour les générations futures. »
Pour une fois, le chef de l'opposition et le Premier ministre s'accordent sur le diagnostic. Il leur faut maintenant le courage de trouver la solution.
L'occasion manquée du budget 2025
La réforme des systèmes de retraite est la clé d'une meilleure sécurité financière, d'un logement plus sûr et d'une plus grande stabilité familiale pour tous, jeunes et moins jeunes, sans augmentation des impôts ni creusement du déficit. Malheureusement, le budget 2025 néglige cette opportunité avantageuse pour tous.
Gen Squeeze et d'autres ont proposé une solution pragmatique qui permettrait d’éliminer la pauvreté des aînés, d’élargir les mesures d’accessibilité financière pour les jeunes Canadiens et les travailleurs, et de contribuer au redressement des finances du Canada : Commencer à réduire les subventions SV à partir de 100 000 $ de revenu du ménage, au lieu de 182 000 $ par couple.
Cette simple modification permettrait d'économiser 7 milliards de dollars par an et de freiner la croissance rapide des dépenses liées aux prestations de sécurité sociale, qui contribue à creuser le déficit. Elle permettrait d'augmenter les prestations pour certains aînés célibataires et de maintenir le seuil d'admissibilité aux prestations de sécurité sociale bien au-dessus du revenu médian des familles, à 74 200 $.
Nous proposons de dégager 7 milliards de dollars supplémentaires par année en réaffectant les dépenses liées aux crédits d’impôt pour personnes âgées et aux pensions. Ces deux avantages fiscaux ne profitent guère aux retraités à faible revenu – une inefficacité coûteuse que le Canada ne peut plus se permettre. Ces fonds seraient mieux utilisés pour compenser la hausse des coûts des prestations de retraite, liée à l’augmentation du nombre de retraités.
Pourquoi le budget 2025 laisse-t-il intacts ces coûteux avantages fiscaux et le seuil SV excessivement élevé ? Des subventions pour les retraités financièrement à l’aise – dont certains avec des millions d'actifs – sont préservées en grande partie parce que les politiciens craignent que les réformes des politiques de retraite ne se heurtent aux lobbyistes de retraités bien financés qui militent pour étendre la pension de retraite aux personnes âgées riches comme aux personnes âgées pauvres.
Ce que les politiciens ne prennent pas suffisamment en compte, cependant, c'est Combien de personnes, tous bords politiques confondus, s'accordent à dire que SV a besoin d'une mise à jour ?:
- Retraités se lèvent pour dire qu'ils sont prêts à accepter moins de la part de SV.
- Trois quarts des Canadiens soutiennent notre plan SV.
- Les réformes SV sont approuvées par le Comité de rédaction du Globe and Mail, le éditeur de The Hub, et la Journaliste principal du National Observer – des leaders d'opinion de droite, du centre et de gauche.
- Les défenseurs de la lutte contre la pauvreté ET les groupes de réflexion de centre-droit soucieux de la discipline budgétaire affirmer la nécessité de moderniser SV.
Il est temps de mettre fin aux sacrifices unilatéraux.
Le budget 2025 reste prisonnier d'un modèle de sacrifice unilatéral – la surexploitation silencieuse des jeunes générations et des générations futures que M. Poilievre a justement mise en lumière dans son rapport. discours « les jeunes ont déjà assez sacrifié ».
Non seulement la majeure partie des nouvelles dépenses fédérales est destinée aux Canadiens âgés, Il n'y a aucun plan pour compenser les sacrifices que font les plus jeunes. Afin de protéger le patrimoine immobilier des générations précédentes, ces dernières paient des loyers records et contractent des prêts hypothécaires exorbitants, non pas par échec personnel, mais parce que les politiciens craignent des répercussions négatives en cas de chute importante de la valeur des maisons.

Malheureusement, la compassion de M. Poilievre pour les sacrifices des jeunes ne s'étend pas à la forme la plus grave de spoliation intergénérationnelle : l'épuisement des ressources terrestres. M. Carney, quant à lui, n'est guère plus efficace sur ce point, avec une stratégie de « compétitivité climatique » qui n'investit aucun nouveau dollar dans la réduction des émissions et qui réduit le financement de plusieurs initiatives liées au climat. Le Premier ministre mérite toutefois d'être salué pour son engagement à renforcer la taxe industrielle sur la pollution, malgré la désinformation persistante de M. Poilievre quant à son impact sur le coût de la vie. Nous ne devons pas trahir nos enfants En exigeant d'eux un prix élevé pour la pollution, M. Poilievre laissait l'industrie déverser gratuitement ses déchets.
Globalement, le budget 2025 ne tient pas compte du fait que les jeunes Canadiens et les générations futures doivent assumer les risques et les coûts croissants de notre inaction en matière de protection de la planète dont ils dépendront pour leur vie et leurs moyens de subsistance.
Patience + Vigilance
Une lecture attentive du budget 2025 devrait accorder une certaine marge de manœuvre au nouveau Premier ministre. Les réformes structurelles ne sont jamais faciles, surtout au sein d'un parlement minoritaire. Il nous faut néanmoins rester vigilants afin que la patience ne cède pas à la complaisance.
Le défi à relever n'est pas seulement d'équilibrer les comptes, mais aussi de rééquilibrer le fardeau des sacrifices — en harmonisant ce que chaque génération donne et reçoit, et en investissant là où les besoins et les retours sur investissement en matière de productivité sont les plus importants.